Pousser -ou forcer ?- sa compagne à se suicider, en jurant « sur la Torah »: fastoche ?

La tombe
Par   (Mère) . Elle a lancé une pétition sur change.org.
« Battue par son compagnon, ma fille s’est suicidée; il doit purger sa peine »

Sarah était la joie de vivre, elle aidait les gens, elle avait bon cœur. En 2006, elle a rencontré Mickaël et s’est installée chez lui huit mois avant le drame.

Nous avions des relations de confiance avec ma fille. Elle me présentait ses amis spontanément et je respectais sa vie de jeune femme. Ma maison était toujours ouverte à ces jeunes pleins de vie.

Mais cette relation avec un homme de 25 ans, alors que Sarah avait 19 ans, m’interpellait et m’angoissait. Ne voulant pas, par prudence, la valider, j’ai refusé de faire la connaissance de Mickaël.

Malgré mes choix, que Sarah respectait à son tour, nous nous appelions régulièrement. Quand il lui arrivait parfois de parler de Mickaël, j’écoutais.

« Ne me dis pas qu’il te frappe ! »

Ma fille a été battue par son compagnon et je n’ai rien vu. Je sentais qu’elle me cachait des choses de sa vie, elle était souvent sur la réserve concernant ses relations avec Mickaël et quelque chose n’était pas normal. Elle me protégeait.

Il lui arrivait de m’appeler pour que je vienne la chercher en pleine nuit. Je me souviens qu’un soir, un mois et demi avant le drame, elle m’avait téléphoné à 1 heure du matin. Elle voulait que je vienne la chercher pour la ramener à la maison. C’est ce que j’ai fait.

Elle m’a alors expliqué qu’ils s’étaient disputés et que Mickaël l’empêchait de dormir. Je lui ai fait à manger. Elle était affamée et exténuée. Elle a retiré son pull devant moi. Sur le bras gauche, j’ai alors un vu un bleu. Mon sang n’a fait qu’un tour et je lui ai demandé :

« Ne me dis pas qu’il te frappe ! »

Droit dans les yeux, elle m’a répondu : « Mais maman, tu me connais… »

Je l’ai cru même si je constatais qu’il la harcelait au téléphone. Elle m’a alors dit qu’elle n’en pouvait plus, qu’elle voulait que cela s’arrête, puis elle a coupé son portable. Les appels ont continué sur mon téléphone fixe.

Sarah est repartie travailler le lendemain.

Mickaël m’a juré qu’il ne frappait pas Sarah

Vers 17h,  Mickaël m’a appelée pour me demander si Sarah était à la maison. J’ai répondu qu’elle était au travail et lui ai demandé de laisser ma fille tranquille.

Il m’a juré « sur la Torah » de ne pas être violent avec elle. Je me suis remise en question. Après tout, mon entourage avait peut-être raison, je paniquais sans doute trop pour ma fille.

J’ai commencé à me persuader que j’avais jugé ce jeune homme trop vite, que j’avais été trop dure.

Depuis, j’ai appris que Sarah s’était confiée à sa sœur, Rachel, âgée alors de 15 ans, qui lui intimait l’ordre de quitter au plus vite Mickaël. Je n’étais au courant de rien.

La veille du drame, j’étais particulièrement angoissée

J’ai vu pour la dernière fois Sarah le 21 décembre 2008.

Ce jour-là, elle m’a alors avoué que Mickaël était en cure de désintoxication parce qu’il buvait trop d’alcool. Il devait sortir deux jours plus tard et Sarah m’a demandé de l’argent pour aller le chercher. Les parents de son compagnon ne se déplaceraient pas. J’ai trouvé cela bizarre, mais je lui ai donné l’argent.

Le 24 décembre, Sarah m’a téléphoné pour me demander si elle et Mickaël pouvaient venir fêter Noël avec nous. J’étais ravie, j’ai accepté sans aucune hésitation. J’allais enfin rencontrer le petit copain de ma fille ! Sarah n’est jamais venue. Elle avait dit à sa sœur qu’elle ne viendrait finalement pas, sans donner plus de détails. Ce n’était pas son habitude.

Samedi 27 décembre, je ne sais pas comment l’expliquer, mais j’étais particulièrement angoissée. Mon mari m’a alors proposé de partir dans notre résidence secondaire, en Ariège, pour que je me puisse me reposer. Sur le chemin, nous avons fait une halte et je me souviens avoir dit à mon mari :

« Sarah est en danger. Je sens que ça ne va pas. »

Il m’a dit de ne pas m’en faire. Le soir, l’un comme l’autre, nous n’avons pas réussi à trouver le sommeil.

« Maman, il nous l’a tuée. »

J’ai été réveillée le dimanche matin du 28 décembre 2008 par des coups frappés à la porte. Deux gendarmes se tenaient sur le seuil de ma maison.

J’ai d’abord cru qu’il s’agissait de ma fille Rachel qui venait tout juste d’avoir un scooter. Affolée, j’ai ouvert la porte en demandant si Rachel avait eu un accident. Les gendarmes m’ont déclaré :

« Non, ce n’est pas Rachel. C’est votre fille Sarah. Elle est morte. »

Ils m’ont transmis un petit bout de papier avec le numéro de la police de Toulouse. J’étais complètement perdue, je ne réalisais pas. Avec mon mari, nous sommes partis immédiatement. Nous n’avions pas du tout de réseau, ce n’est qu’une fois sur la route du retour que j’ai pu contacter la police. On m’a répondu :

« Venez nous voir dès que possible. On vous expliquera. »

Avant de me rendre au poste, je suis passée chez ma mère pour voir Rachel. Je l’ai réveillée. En larmes, elle m’a déclaré :

« Maman, il nous l’a tuée. »

J’espérais toujours qu’il y ait une erreur, mais à ce moment-là, j’ai commencé à réaliser : Sarah était morte. Elle n’avait que 19 ans.

Au commissariat, le temps s’est suspendu

Rachel m’a alors expliqué que dans la nuit de samedi à dimanche, elle s’était rendue dans l’appartement de Mickaël, qu’elle y avait découvert le corps de sa sœur, dénudée, allongée sur le sol, morte.

Quand je suis arrivée au commissariat, le temps s’est suspendu. Un homme que je ne connaissais pas s’est approché de moi et a déclaré :

« Ce n’est pas votre fille qui devrait être là où elle est, c’est mon fils qui devrait être accroché  au bout d’une corde. »

Sur le coup, je n’ai rien compris. Puis, j’ai réalisé que l’homme devant moi n’était autre que le père de Mickaël.

Finalement, on m’a emmené dans une salle. Le policier m’a proposé un verre d’eau, puis il m’a glissé une lettre en me demandant si je reconnaissais l’écriture de ma fille. Je n’arrivais pas à reprendre mes esprits.

On m’a questionnée avant de m’annoncer :

« Votre fille s’est suicidée. »

Pour moi, c’était impossible. Selon tous ses proches, Sarah était la vie même. Si elle avait réalisé un tel geste, c’était parce qu’on l’y avait poussée.

À la morgue, je n’ai pas reconnu ma fille 

J’ai voulu voir ma fille, mais on me l’a interdit. Il m’a fallu attendre six jours pour pouvoir aller à la morgue.

Quand je suis arrivée dans cette salle, froide, j’ai vu une housse qui contenait un corps. Je n’ai pas reconnu ma fille.

Son visage était tuméfié, défiguré. Elle était méconnaissable. Il était évident qu’avant de mourir, elle avait été battue : trace de strangulation, mèches de cheveux arrachés, traces de coups… rien ne témoignait d’un suicide médicamenteux.

Accompagnée d’une amie, je lui ai demandé de prendre des photos. Je voulais apporter la preuve qu’il ne s’agissait pas d’un simple suicide.

Le corps de mon enfant est devenu une pièce à conviction

À partir du moment où ce genre de drame arrive à vos enfants, ils ne vous appartiennent plus. Ils deviennent des pièces à conviction.

On est devant l’horreur où le souvenir de leur petit corps sera, on le sait, découpé, examiné sans connaître la date de leur inhumation pour qu’enfin, ils connaissent le repos.

Nous avons pu enterrer Sarah le 6 janvier 2009.

Au mois de mars, je suis allée chercher les affaires de ma fille dans l’appartement de Mickaël. La scène était terrifiante : il y avait encore sa carte vitale sur un bout de table, des gants en plastique jonchaient le sol, sur le parquet de la chambre, pourtant fraîchement nettoyé, apparaissait une grosse tâche marron.

J’ai dû me battre pour que le dossier soit rouvert

L’affaire a été classée sans suite en novembre 2009. Je ne saurais l’expliquer, mais une chose est sûre : c’était injuste.Nous avons commencé à constituer un groupe de soutien qui, au fil des mois, n’a cessé de croitre via les réseaux sociaux.Avec leur aide, je me suis constituée partie civile. J’ai envoyé des courriers au procureur de la République, au ministère de la Justice, et même au président de la République. Nous avons organisé des marches les 27 décembre de chacune de ces longues dernières années.Finalement, le procureur a saisi l’affaire et une instruction a été ouverte. Mickaël a été mis en examen pour non-assistance à personne en danger au mois d’avril 2011.

La première fois que j’ai vu Mickaël

J’ai demandé à obtenir une confrontation pour pouvoir lui poser des questions, comprendre ce qui s’était passé ce 28 décembre 2008. Je n’ai eu le droit qu’à une audition en novembre 2011. J’avais le droit d’écouter sans parler.C’est la première fois que j’ai vu Mickaël.Devant le juge, il a déclaré qu’il aimait ma fille, que jamais il ne l’avait battue. Selon ses dires, il était parti se coucher, puis il était revenu dans le salon et avait vu ma fille assoupie sur le canapé. Il l’a transportée dans son lit, lui a versé un peu d’eau sur le visage. Plus tard, il dit avoir tenté de joindre SOS Médecin, mais s’est trompé de numéro. Ce n’est que lorsque les lèvres de ma fille sont devenues froides qu’il a contacté un ami.

En arrivant sur place, c’est lui qui a appelé les secours, mais il était trop tard.

Il la battait. Elle a été poussée à bout

L’autopsie a montré que ma fille était morte d’une intoxication médicamenteuse. Il faut cinq heures pour mourir après une telle prise. Mickaël, il le savait et n’a rien fait.Il est établi que Mickaël la battait régulièrement. Il appelait sa maîtresse devant elle l’après-midi même du drame. Cette torture psychologique et physique n’ont pu qu’amenuir les forces de ma fille. Elle n’en pouvait sans doute plus. Un ami de Mickaël a témoigné d’une scène de violence : il avait étranglé ma fille d’une main, l’immobilisant de l’autre. Ce jour-là, cet ami a dû intervenir pour sauver la vie de Sarah.C’est le même ami qui a appelé les secours le jour du drame, malheureusement cette fois il était trop tard.

Au premier procès, il a été relaxé

Les coups qu’il lui infligeait couvraient le corps de Sarah. La dernière image de ma fille à la morgue reste gravée dans ma mémoire.En décembre 2013, le premier procès s’est ouvert en correctionnel. Mickaël était poursuivi pour non-assistance à personne en danger et coups sur concubin. Pour moi, ça ne faisait aucun doute : il allait être condamné et écopé d’une peine de prison ferme.Mickaël a été relaxé pour le premier chef d’inculpation et a été condamné à deux ans de prison avec sursis et trois ans de mise à l’épreuve et obligation de se soigner.Le procureur a immédiatement fait appel de cette décision. Moi, je me suis effondrée. Comment la justice avait-elle pu donner tel verdict ?

Puis, il a été condamné, mais reste libre

Lors du second procès, en mai 2015,  j’ai pu me mettre au premier rang dans la salle. Mickaël était à quelques mètres de moi seulement. Pour la première fois, à l’audience, il a reconnu qu’il frappait ma fille.Cette fois-ci, il a été reconnu coupable de non-assistance à personne en danger et coups sur concubin. Il a été condamné à trois ans d’emprisonnement dont 18 mois avec sursis. Mais le sursis a été révoqué en 20 mois ferme sans aménagement de peine à la suite d’une condamnation antécédente, en correctionnel, pour conduite en état d’ivresse.La peine a été prononcée le 30 juin 2015, mais Mickaël n’était pas présent. À ce jour, il n’est pas en prison et demeure libre de ses mouvements.

Après avoir exprimé mon incompréhension, le parquet général a saisi le juge d’application des peines. Mickaël est convoqué le 4 mars prochain.

Je ne veux pas que ça recommence

J’ai pris perpétuité sans remise de peine. Quand je vois ce que ma fille a subi, comment les familles sont laissées aux abois, je me dis que ce n’est pas normal.Je ne lâcherai pas. Je l’ai promis à ma fille en l’enterrant. Je ne veux pas que ça recommence. Mickaël ne doit jamais s’en prendre à une autre femme. Tout ce que je demande, c’est qu’il purge la peine pour laquelle il a été condamné.Avec le groupe de soutien, j’ai lancé une pétition sur change.org pour demander justice. Le soutien que j’ai reçu a été incroyable. Sans eux, j’aurais été incapable de rester debout.

Jusqu’où faut-il aller ?

Aujourd’hui, c’est le monde à l’envers. Ma famille souffre et lui est libre. Si je me bats, c’est pour venir en aide à toutes ces femmes battues et manipulées, trop souvent délaissées, et contre leurs bourreaux dont on parle si rarement. Jusqu’où faut-il aller pour se faire entendre, que l’application des peines soit effectuée, pour que les coupables assument leurs actes ?

Enfin pour que la vie de ma fille soit enfin respectée et considérée par notre société, Dites-le moi ?

Propos recueillis par Louise Auvitu

**************
« Ce dernier a été condamné, mais demeure libre. « 
En ce qui concerne Carole,  elle est emmurée dans sa tombe… à jamais !!!
La France a TOUJOURS été très compréhensive pour les mecs tueurs -directement ou non- de nanas ?
Pour la société, et encore de nos jours, la vraie victime, c’est lui
Et elle coupable ou responsable(!!!) d’une manière ou d’une autre …
COMMENT …comprendre la mansuétude des juges : ils seraient de  la Torah, aussi ?  Ou ils battent leur femme, aussi ? Ou la vie d’une femme n’a aucune valeur en soi, pour eux ? Ou encore, elle n’avait qu’ à partir ?
Dans ce dernier cas, pourquoi la femme qui maltraitait son compagnon  -mari ?-   est en taule, elle ? Son mari  aurait pu partir aussi: il était bien plus âgé que la victime citée  ci-dessus, il avait un job et n’était ni séquestré, ni ligoté …

Auteur : Tingy

Romancière féministe; "Le Père-Ver" ( 2OOO épuisé) et "Le Village des Vagins" ( 2007,en vente chez "Virgin " et "Autrement "); un 3ème roman en long chantier ...et beaucoup de tableaux "psycho-symboliques")... Ah! J'oubliais: un amoureux incroyable, depuis 40 ans et 7 "petits" géniaux...

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