Chapitre XVI du roman :"Le Père – ver"( publié en 2000 et épuisé)

Le Père-ver

Pour Sofia ( Maurice ) : A un moment ou à un autre, il faut cesser de courir après l’amour des siens…et se construire…une grande famille à SOI, tendre et respectueuse de chacun, et choisie parmi ceux qui nous aiment…sous peine de se perdre dans une obsession destructrice !

Sans transition :

« CHAPITRE XVI

Aujourd’hui, je trouve un petit coin d’ombre pour me garer, sous un flamboyant en fleurs, tout au fond de la placette, juste devant le cabinet de Wanda.
Ce qui est sympathique dans la salle d’attente d’un psy, c’est que l’on est seul avec soi. Il n’y a pas de regards suspicieux, de « bobos » visibles, d’enfants criaillant et s’agitant en tous sens.
Wanda ouvre la porte vitrée de son cabinet. Je prends conscience qu’elle n’est pas capitonnée. J’en déduis qu’il doit se dire ici des choses moins graves que chez Visage-Pâle.
Il fait beau et le soleil éclabousse la pièce climatisée malgré le double voilage de la large fenêtre close.
Nous échangeons des sourires en même temps que des banalités, sur la circulation laborieuse du centre ville et la température trop élevée du lagon, où commencent à pulluler des algues peu appétissantes.
– Il faut que je vous parle d’un film diffusé à la télé, hier soir, dis-je sans transition.
Il est en noir et blanc et relate la dernière guerre et la « Résistance ». Je ne sais plus ce qu’il raconte avant et après la scène qui m’a tétanisée. Avant, parce que je ne suivais pas l’histoire et après, parce que je suis restée longtemps coincée dans le passage en question.
La caméra s’attarde sur un quai de gare. On dirait un tableau très structuré où le noir et le blanc s’affrontent à armes égales. Pas de gris, seulement des flaques brillantes d’eau et de lumière jetées çà et là, éclairant cette opacité nocturne. Le quai est immobile, comme retenant son souffle.
Puis soudain, un désordre indescriptible, mêlé de fureur. Des soldats et de nombreux civils s’agitent en direction d’un train luisant et soufflant, crachant encore des petits Hiroshima de fumée. Il finit par s’arrêter dans un affreux bruit de ferrailles.
Je suppose que le vacarme du film continue, mais je me retrouve engloutie dans un silence absolu. Tout se passe soudain au ralenti, avec de temps à autre des arrêts sur image.
Dans la salle d’attente de la gare, une belle jeune femme brune en manteau sombre tient serré contre elle une petite fille aux longues boucles. Je perçois la chaleur et la tendresse qui passent de l’une à l’autre en un flux continu.
Tout à coup, la foule massée à l’intérieur est poussée dehors sans ménagement par des soldats peu amènes, décorés de fusils.
La mère et l’enfant toujours emmêlées sont éjectées sur le quai luisant. Deux soldats se saisissent brutalement de la mère et la tirent en arrière, vers le train. Un autre militaire s’agrippe à l’enfant qui s’accroche de toutes ses forces à sa mère, elle-même scotchée à sa petite.
Lentement, inexorablement, le tendre noeud cède, comme avec des lambeaux de part et d’autre. Le silence est pulvérisé, atomisé, par un long et douloureux hurlement qui me déchire les tympans. La mère et la fille s’éloignent inéluctablement l’une de l’autre dans un silence qui engloutit la gare avec ses flaques d’eau et de lumière. Il ne reste plus que des tas de boue noire.
La voix de Wanda me fait émerger de ce désastre.
– Qui étiez-vous à ce moment là, la mère ou la fille?
Je reste sans voix. Je comprends seulement à l’instant pourquoi ce passage du film m’a tant bouleversée. j’étais les deux bien sûr, la mère et la petite fille. J’avais « revécu » de façon violente et imprévue, « l’abandon » gratuit de mes parents et « l’abandon » forcé de mes petits.
Dès mon premier rendez-vous avec Wanda, je m’étais remise à peindre de façon boulimique. Parfois deux tableaux dans la même journée en un temps record, comme s’il me fallait déposer une fois pour toute, certaines choses qui m’avaient obsédées jusque là. Pêle-mêle , une femme enceinte dans sa bulle, un oeil aigu au fond d’un tourbillon, un auto portrait à la toile d’araignée, un personnage au dessus du gouffre, une citadelle vide, ma naissance sous la forme d’une dent arrachée à la mer (à ma mère ?), le viol, la tendresse et j’en passe.
Je peins un tableau d’un souffle, en quatre, six ou dix heures, sans jamais faire de retouches. Je ne sais jamais à l’avance ce que je vais réaliser. Ça commence par une pressante envie de peindre à laquelle je satisfais. Une fois que je sens que je n’ai plus rien à dire, je me recule et je scrute le tableau pour essayer de comprends ce que j’ai voulu me raconter.
Ce jour là, après avoir quitté Wanda, je me précipite dans mon atelier et trois heures plus tard je décrypte la tendresse en bleu d’une jeune mère et de sa toute petite.  »

( A suivre… ou découvrir les premiers chapitres dans des posts précédents )

Un horrible massacre ! La violence est AUSSI une affaire de Cultures et de Religions …qui la banalisent ( film, pornographie, virilité triomphante , femmes mutiques, violences maritales, diktats religieux …)

Iles FeroÎ1

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Je ne trouve RIEN à dire !