Et… RIEN !

le cri de Munch ( photo: « Le cri » de Munch 1893)

Elle marche

Elle marche. Tranquille.
Il fait chaud. Elle est en jupe.
Une jupe blanche, une jupe simple
qui n’est pas transparente
et arrive aux genoux.
Elle n’est pas laide du tout
Mais pas canon non plus
C’est une femme ordinaire
qui n’a rien demandé

Soudain elle se retourne
sur son visage le dégoût
a remplacé la sérénité
Quelqu’un l’a pincée
Quelqu’un et pas quelqu’une
Vous l’aurez deviné
Elle le cherche du regard
Il s’est fondu dans la foule
Quelle lâcheté.
Elle était bien
Elle était zen
Se sentait à l’aise avec sa féminité
Sa bonne humeur a fui s’est envolée
Un inconnu, un homme, en une seconde
l’a ramenée à la réalité
Femme tu n’es à leurs yeux qu’une chair féconde
Un objet

Femme mais où vont-ils chercher l’audace
de tout se permettre avec ton corps
comme si c’était un jouet ?
Celui-là disparaît dans la foule et d’un coup
Tous les hommes sont coupables
ou suspects
Quelques témoins ont peut-être eu un sourire complice
Mais nulle révolte ne vient sanctionner ce vice
Ce crime ordinaire
A toutes celles qui trouvent que ça commence à bien faire
Pourquoi continuer à se taire ?

Injection quotidienne de notre dose d’humiliations
Pourtant si peu de traces d’indignation, si peu
de volonté d’expression
je n’en peux plus de ces tergiversations et comment
faire confiance desormais à la mâle engeance
j’ai usé mon coeur à force d’espérance
j’ai trahi mon honneur à force d’indulgence

Je préfère risquer la misandrie que la folle passivité
de ces êtres tellement conditionnées à être rabaissées
qu’elles ne daignent plus le remarquer

Femme prend tes doutes au sérieux quand ils sonnent l’alarme
Femme
Un soupçon de bon sens t’éviterait bien des drames
Mais d’un autre côté c’est tellement confortable
d’être un objet chéri, au triomphe délectable
quand, un homme à tes pieds, tu te sens fatale

Femme
Ne tombe pas dans ces pièges
dans ces placards dorés
Car la compagnie de tous nos rêves avortés
De nos désirs brimés, nos innocences violées
pourrait te rendre cinglée
Depuis le temps que la société avance en foulant du pied
nos corps sacrifiés
Depuis le temps que l’histoire est rédigée
par la même moitié de l’humanité

Il est plus que temps Femme
de se révolter, Femme
On est responsables
De nos mères comme de nos soeurs
Pour nos filles on rêve d’ailleurs
D’un monde sans malheurs
qui porterait d’autres couleurs
On nous rend coupables
De nos humeurs instables
Cela fait si longtemps que l’on rogne nos propres ailes
Elevées par notre désir de vivre libres
Trop souvent rabaissées à notre rang de femelles
Menaçons l’ordre établi de notre liberté criminelle

Le dos gâché par des chaussures aguichantes
L’appétit rendu nerveux à force de privations délirantes
Les espoirs tendus vers la venue de celui qui te rendra charmante
Le prince que tu attends pour remplir ta vie
Comme si…
Comme s’ils avaient raison de penser que sans eux tu n’es rien
Comme s’ils étaient les seuls à pouvoir te faire du bien

Femme ! J’essaye juste de comprendre pourquoi chaque jour qui passe
Le sytème t’exploite, te trahit, t’insulte et toi
Tu ne dis rien

Tous vos sanglots ravalés restent en travers de ma gorge

Elle marchait
Sereine, tranquille
Elle n’avait rien demandé
Devant une foule de témoins sa dignité fut offensée
Et… rien
Le monde a juste continué de tourner

Mille fois chaque seconde et de mille manières
On porte atteinte à notre intégrité
A chaque coin du monde existe un enfer
Où on avilit notre identité
Toutes par notre féminité reliées

Toutes avons pleuré le deuil de notre liberté mais
pourquoi se résoudre à l’enterrer
Est-ce que nous croyons au sentiment si tôt inculqué
De notre infériorité ?
Toutes les classes et races d’esclaves un jour se sont levées
Mais nous
Peut-être est-ce en vertu du privilège de la maternité ?
On se tait
Et le monde continue d’aller comme il va et
A l’Est les petites filles sont assassinées
A l’Ouest y a pas d’âge pour se faire violer et
Les rares femmes intactes s’enferment de plein gré dans des clichés
Pour un jeu de séduction où elles sont sûres de gagner.

Pendant ce temps l’autre humanité continue d’avancer
Sur un tapis ô combien moelleux ! Faits de nos corps sacrifiés
Et nos amours, et nos espoirs, et les cadavres de nos libertées rêvées,

Elle marche

Poème d’Istina

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 » J’ai trahi mon honneur à force d’indulgence…

Pendant ce temps l’autre humanité continue d’avancer
Sur un tapis ô combien moelleux ! Faits de nos corps sacrifiés
Et nos amours, et nos espoirs, et les cadavres de nos libertées rêvées,

…Femme
On est responsables
De nos mères comme de nos soeurs
Pour nos filles on rêve d’ailleurs
D’un monde sans malheurs
qui porterait d’autres couleurs « 

Auteur : Tingy

Romancière féministe : je viens de publier " Le temps de cuire une sauterelle " :-)) Et de rééditer : "Le Père-Ver" et "Le Village des Vagins" (Le tout sur Amazon) ... et peintre de nombreux tableaux "psycho-symboliques"... Ah! J'oubliais : un amoureux incroyable, depuis 46 ans et maman de 7 "petits" géniaux...

2 réflexions sur « Et… RIEN ! »

    1. La première fois que je suis tombée dessus…J’ai été comme…En pays de « connaissance »…Comme si quelqu’un disait « mes » mots…

      Je me suis dit alors que « cela » existe VRAIMENT …D’autres FEMMES le ressentent d’une façon aussi… PERCANTE, aussi douloureuse, aussi désespérée que moi…

      …Je ne suis pas…La SEULE…

      PS- Un poème est, pour MOI, comme un tableau: chacun y voit SON « truc »…Et ici, je vois un IMPOSSIBLE « pont de tendresse » entre les hommes et les femmes; réduits, trop souvent à d’ hypocrites « relations » sexuelles: je t’aime sexuellement, moi non plus tendrement…

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