Le mariage de Samie…

Cocon ardéchois

« …- J’ai toujours employé le mot Mâle au lieu du mot homme, pour nommer la partie masculine de l’humanité, dit Cécile. Il est plus approprié, car le mot Homme désigne aussi l’espèce humaine en général ! C’est très pervers, cette « confusion », car les femmes « disparaissent » dans le mot Homme. Ce n’est pas la seule anomalie, d’ailleurs. Pourquoi les femmes perdent-elles leur propre identité dans le mariage et non pas les Mâles ? Est-ce juste que l’enfant sortant du ventre d’une femme ne porte pas son nom à elle ? Pourquoi n’existe-t-il pas de pendant masculin au mot discriminatoire : Mademoiselle ? Pourquoi tous les jours, des femmes nous prouvent qu’elles exercent brillamment des métiers qui leur ont été interdits (!) pendant des siècles ? Est-ce normal que » le masculin l’emporte sur le féminin ? » Pourquoi pas le contraire ? etc., etc… Doit-on s’étonner que beaucoup de petits garçons adoptent des attitudes sexistes, quand la grammaire elle-même s’y met ? Devenus adultes ils se comportent souvent en parfaits machos, notamment dans le mariage.
– Le mariage, parlons-en ! dis-je. J’ai mis vingt ans à comprendre combien tout est complètement biaisé en ce qui concerne le féminin et le masculin. La nature a tout calculé, tout programmé, pour parer à l’extinction de l’espèce. Elle a créé le mâle et la femelle, suivant des critères biologiques bien définis. Mais elle n’a pas prévu dans son logiciel, que l’État avec la complicité de l’Église, dénaturerait la sexualité homme/femme, en la régentant par le mariage. Cette cérémonie est devenue la norme sociale. Pire encore, toute sexualité « hors norme », telle l’homosexualité, est qualifiée de péché ou d’abomination !
Pour que leur « cuisine » fonctionne, l’Église et la Société ont formaté les petites filles, pour en faire des femmes vertueuses, dociles, obéissantes, dévouées à leur famille, bonnes mères et bonnes femmes d’intérieur, etc… Les Mâles, eux, s’exerçaient au sexe et se réalisaient à l’extérieur.
La supériorité physique du Mâle, lui a permis d’ imposer sa conception de la vie à deux. Les femmes se retrouvant calfeutrées chez elles, les élus Mâles ont eu toute latitude, pour voter des lois partiales, injustes et contraires à la nature même des conjoints. Elles ligotaient légalement les femmes et accordaient aux hommes tous les droits. Ils se sont alors vraiment crus supérieurs. Et les femmes les ont confortés dans leur bêtise arrogante, incapables de briser le moule familial, religieux et social. C’est vrai qu’on leur promettait l’enfer ou le paradis. Et elles y croyaient !
Cette déviation de la sexualité, au seul profit de la procréation, a engendré un mal être, des frustrations et des violences chez les deux conjoints. Il est rare qu’un Mâle se contente sexuellement, d’une seule femme. D’autre part, une femme n’a pas les mêmes besoins sexuels qu’un Mâle : ni dans le fond ni dans la forme. De nos jours, certaines lois ont changé. Les mentalités, elles, n’ont pas beaucoup évolué. Souvent par la faute des femmes elles-mêmes, qui se complaisent dans leur rôle de dominées ou de victimes !
– Je me révoltais, adolescente, devant le besoin obsessionnel de forniquer de mes petits copains, dit Samie. Il leur fallait un trou, n’importe lequel, pour se soulager. Ils avaient dans le pantalon une bestiole exigeante qui vivait sa propre vie, sans se soucier de la réalité affective, morale ou sociale de son hôte. Quelques années plus tard, je constate que les choses ne sont pas différentes. Devenus adultes, ils sont toujours aussi boulimiques de sexe, mais mieux organisés ; avec une femme, une maîtresse ou des aventures. Je suis intellectuellement consciente de tout cela. Mais affectivement, je me persuade que Paul n’est pas comme les autres. Je veux croire qu’il me sera fidèle et comblera mon besoin de tendresse… pendant 99 ans !
– Il faudra aussi te persuader, d’avoir le même appétit sexuel que ton homme… pendant tout ce temps ! précise Cécile. C’est Brassens qui l’affirme : «quatre-vingt-dix-neuf fois sur 100, les femmes s’emmerdent en baisant, qu’elles le taisent ou qu’elles le confessent, ce n’est pas tous les jours, qu’on leur déride les fesses». Le mariage s’avère souvent être un contrat de dupes, à cause de la nature même des deux contractants. Objectivement, il ne peut pas être la norme, pour tous. Il ne devrait représenter qu’une des mille et une façons de vivre heureux à deux. Les innombrables divorces le confirment chaque année. D’ailleurs, une enquête de janvier 2005, montre un net recul du mariage au profit du PACS.
– Je vais avoir 30 ans bientôt soupire Samie. Quand je vois les Bimbos et les Lolitas de 14 ans, pas du tout farouches, j’ai des éclairs de lucidité. Je me dis que ce sera mon tour d’être trompée, dans quelque temps.
– C’est souvent cela, la réalité de la vie de couple ma chérie ! Intervient Cécile. Les premiers mois tu seras le centre de sa vie, si tu t’occupes bien de son joujou préféré. Après, il repartira en chasse ou se laissera chasser, quoi que tu fasses. Les petits plats, la lingerie putassière, le Kama-sutra, la sodomie, l’échangisme et j’en passe, n’y changeront rien : il aura toujours envie d’une autre ! Le Mâle est programmé pour parer à l’extinction de l’espèce. De ton côté, tu feras semblant comme beaucoup d’entre nous, tout le temps que tu seras amoureuse. Avec l’avantage pour toi, de te consoler éventuellement avec tes collègues, lors de tes reportages.
– Je sais bien que vous avez raison ! Un des personnages du film » Mariages » disait de façon très romantique : « Puisqu’il faut se marier pour baiser, eh bien ! je me marie. Quand je ne voudrai plus baiser, je divorcerai ! »; et encore : « ceux qui sont dehors veulent y entrer, ceux qui y sont veulent en sortir ! » Le mariage est un miroir aux alouettes. Je le sais ! Mais je ne peux m’empêcher de m’y précipiter, persuadée que pour nous ce sera merveilleux. Je l’aime ! Vous comprenez* ?  » …

* Non!