"Le sabre et le goupillon se partagent les rêves"…

Jardin publlic à Barcelone(photo: Barcelona mi amor).

Des nouvelles du monde réel de Juan Minana (Calmann-Lévy).

 » En 1963 à Barcelone, le monde réel c’est le franquisme, dans un pays étouffé par la censure, où le sabre et le goupillon se partagent les rôles. C’est aussi l’époque où l’Espagne vend ses plages, son soleil et son flamenco au tourisme, en même temps qu’elle juge et exécute les opposants au régime. Mais pour les deux adolescents que sont Gabriel et Teddy, le réel, c’est aussi l’irruption de ce rêve incarné qu’est le cinéma. L’équipe du producteur Samuel Bronston tourne à Barcelone ‘Le Plus Grand Cirque du monde’ sous la direction d’Henry Hataway, avec John Wayne, Rita Hayworth, Claudia Cardinale. Les deux jeunes amis ont réussi à s’introduire dans cet univers prestigieux qui réserve bien des désillusions. Mais, coup de théâtre : John Wayne disparaît. Fugue ? Beuverie ? Accident ? Espérant y gagner des galons et un voyage à Hollywood, nos deux compères partent sur les traces du cow-boy le plus célèbre du monde. Au cours d’une journée d’enquête frénétique, ils découvriront une face cachée de Barcelone qui n’apparaît jamais sur grand écran, et Gabriel, le narrateur, exhumera la part de son histoire enfouie dans les cendres encore tièdes de la guerre civile. »

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Critique par Thomas Flamerion

 » Juan Minana pose un regard tendre sur les sillons du temps, sur la mort apprivoisée, improvisée, imaginée. Son jeune héros rêve d’un monde de cinéma et de paillettes. Mais des fleurs éternellement fraîches des salons du Ritz, il ne gardera que l’imperceptible illusion. Sa quête passionnée le ramènera inéluctablement au monde réel, celui où les héros sont de chair et de faiblesse. Ses même héros qui se perdent dans leur reflet, qui ne savent plus comment repasser de l’autre côté du miroir… Ou comment la machine à rêves nous fabrique un monde de pacotille qui ne cache la misère que le temps du voyage.
Ponctué d’ironie le récit fait la part belle au cinéma hollywoodien, au western et à sa piètre descendance européenne. Avec une minutie d’horloger, Minana dissèque les rouages de son scénario. Le ton est posé, le texte maîtrisé, volontairement factuel et énonciatif. Comme si chaque action, chaque déplacement dans l’espace n’était que prétexte pour le remplir, pour recomposer avec attention chaque élément du décor. Et ça fonctionne, mué par une force quasi hypnotique. C’est Barcelone qui revit, ses ramblas, son quartier gothique et ses plages. C’est une époque aussi, les années soixante, les plaies de la guerre civile encore à vif, le totalitarisme franquiste, mais aussi, irrépressiblement, le regard rivé vers l’Ouest et l’incroyable poussée économique. Minana est un amoureux de sa terre, il en connaît chaque recoin et n’a pas son pareil pour y mettre en scène les histoires les plus simples et les plus touchantes.
Le Catalan s’offre un voyage aux frontières du réel, là où la fiction déborde pour aller s’enraciner un peu plus dans le monde qui la conçoit. Une belle aventure, un peu loufoque mais doucement grave, un récit éclairé, qui rend un hommage tout en distinction au grand John Wayne autant qu’il fait voler les rêves et chanter les passions. »
Source evene.

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Un récit qui  » fait voler les rêves et chanter les passions »…

Olé !!!