Mais où est donc passée Mme Cro-Magnon ?

… »Le modèle de l’homme chasseur ne serait qu’une idéologie parmi d’autres ?

– C’est un modèle qui s’est développé dans les années 50, au lendemain de la guerre, et voulait au contraire tordre le cou aux idéologies, notamment racistes, du passé. Certains anthropologues américains, comme Sherwood Washburn, se sont penchés sur la chasse comme modèle de l’hominisation. La chasse répond très bien à cela : elle permet la fabrication des outils, elle induit une répartition des tâches entre les chasseurs, développe la ruse, l’altruisme, l’endurance à la course, révèle des qualités sociales, physiques, intellectuelles. Mieux, l’homme qui ramène le gibier peut s’octroyer ainsi les faveurs sexuelles de la femme restée dans la caverne. C’est un modèle qui fonctionne bien.

Le hic c’est que celui qui agit, qui devient intelligent, qui part vers le lointain… c’est l’homme seul ! Il a le beau rôle. La femme, elle, est complètement larguée, totalement passive, avec une multitude de marmots attachés à ses mamelles. On n’est pas loin des clichés véhiculés par les préhistoriens du 19e siècle. D’ailleurs, cette vision manichéenne provoquera des réactions virulentes chez les féministes américaines qui s’attacheront alors à bâtir un modèle totalement inverse : le chasseur est mis de côté, les femmes dominent le groupe, élèvent les enfants, pourvoient à la nourriture, s’intéressent aux plantes … Un modèle en vaut un autre, surtout lorsque les preuves sont rares. Mais celui des féministes des années 70 fut rapidement écarté au profit d’autres constructions jugées plus « raisonnables ».

L’homme de Cro-Magnon est l’archétype de l’homme préhistorique, viril, chasseur, artiste… Un mythe ?

– Cro-Magnon, c’est l’homme du paléolithique supérieur. Son squelette est découvert en 1868, à un moment où la science préhistorique tente de s’écarter, non sans difficulté, du récit biblique. Mais il véhicule aussi les préjugés propres à la société bourgeoise et patriarcale du 19e siècle. Cro-Manon, c’est l’homme avec un grand H, qui arrive de l’Est il y a quelque 40.000 ans, reste nomade mais s’installe dans certains lieux de sédentarité et a une activité florissante: peinture, sculpture, cueillette. Il vit dans une société structurée, avec des règles. C’est lui qui triomphe sur Neandertal. C’est l’homme moderne, très grand, robuste. La femme de Cro-Magnon, elle, est totalement occultée. Or l’abri de Cro-Magnon servait de sépulture non seulement au fameux « vieillard », mais aussi à quatre autres individus, dont une femme. L’homme est devenu célèbre, sa compagne est restée dans l’ombre. Et les fantasmes vont bon train…

Justement, à côté de cet archétype de virilité, la femme sapiens n’était-elle qu’un objet sexuel ?

– L’image de Cro-Magnon traînant sa femme par les cheveux pour la culbuter au fond de la caverne ne tient pas la route. Ceux qui ont forgé cette image au 19e siècle ont sans doute repris quelques exemples ethnographiques australiens éternellement ressassés… Ils évoquaient aussi les pratiques de l’exogamie, qui consiste pour les hommes d’un clan à aller enlever, parfois violemment, des femmes à l’extérieur du groupe. Mais les hommes qui ont peint les grottes Chauvet et Lascaux appartenaient à des groupes sociaux structurés, avec des règles, des rituels, des productions techniques et artistiques raffinées. Il est peu probable qu’ils passaient leur temps à violer sauvagement leurs femmes… L’art préhistorique, dans sa dimension érotique, avec les vulves peintes ou taillées dans la roche ou les statuettes aux formes opulentes a probablement contribué à alimenter ces fantasmes. Notamment dans une société victorienne où la sexualité était taboue.

Sa place était donc près du feu, à s’occuper des enfants ?
– Rien n’est moins sûr ! Le culte de la fécondité tient mal la route dans une société de chasseurs-cueilleurs nomades. C’est ce qu’on a pu constater dans les groupes similaires actuels : avoir beaucoup d’enfants est incompatible avec le nomadisme et il est vital de contrôler autant que possible les naissances. C’est plus tard, avec la sédentarisation et l’agriculture, que la nécessité d’avoir beaucoup d’enfants se fait sentir. Mais admettons que la femme reste cloitrée dans son abri, près du feu. Était-elle passive pour autant ? Sur les sols des habitats, on a découvert des restes de petits outillages de pierre. Pourquoi les femmes ne s’en seraient-elles pas servis ? Pourquoi n’auraient-elles pas pu les fabriquer (la force n’est pas essentielle pour tailler la pierre) ? Rien ne les empêche non plus d’avoir eu une activité artistique. En ce moment, toute une polémique se développe autour d’éventuelles traces de mains – féminines ! – près des grottes ornées.

Partage des tâches, fabrication d’outils, et peut-être même activités artistiques … la femme de Cro-Magnon n’est pas celle qu’on croit ?

– La science préhistorique a beaucoup évolué. Les féministes américaines, qui s’étaient emparées de la préhistoire dans un but idéologique, ont mis beaucoup d’eau dans leur vin. Mais en dénonçant l’androcentrisme, elles ont ouvert la voie à de nouvelles recherches. Aujourd’hui un certain nombre d’archéologues cherchent à pister la femme sur les sites archéologiques. Pour trouver la femme, et comprendre son rôle, il faut d’abord la chercher ! »…(Extrait).

Propos recueillis par Corinne Bouchouchi

Paléontologue et historienne des sciences, Claudine Cohen est l’auteur de « La femme des origines. Images de la femme dans la préhistoire occidentale », Editions Belin-Herscher, 2006. Interview.

Comment vivait Lucy il y a plus de 3 millions d’années ?

http://tempsreel.nouvelobs.com/le-dossier-de-l-obs/20140304.OBS8506/non-la-femme-de-cro-magnon-n-etait-pas-qu-un-objet-sexuel.html

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Question- « L’homme de Cro-Magnon est l’archétype de l’homme préhistorique, viril, chasseur, artiste… Un mythe ?  »

Réponse- « Le squelette de Cro-Magnon est découvert en 1868, à un moment où la science préhistorique tente de s’écarter, non sans difficulté, du récit biblique. Mais il véhicule aussi les préjugés propres à la société bourgeoise et patriarcale du 19e siècle. Cro-Magnon, c’est l’homme avec un grand H »…

Quand ce n’est pas l’Eglise, c’est la société patriarcale qui IMPRIME au fer rouge, et partout le…mythe* de l’homme avec un grand H

Il serait peut-être temps de le* « déboulonner », comme ce fut le cas pour la statue de Saddam Hussein ?

Car des yeux et des consciences… féministes(!) se sont ouverts un peu partout, depuis que DES femmes ont arraché aux mecs, à la société et à l’Eglise*, -qui exigeait* (!) dans ses diktats misogynes qu’elle la boucle!,- le droit de penser autrement et surtout SANS leur accord(!), et celui de s’instruire et aussi…d’AGIR ! :##

Même les peintures(!)des grottes ont été attribuées à… « l’homme préhistorique » !

Encore un peu plus d’audace, – d’arrogance, de mépris et de sexisme?- et ils nous faisaient aussi avaler que Cro-Magnon …accouchait de sa descendance ?

Pas plus incroyable, finalement, que ce qu’affirme l’Eglise : Marie aurait accouché vierge et le serait restée…

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Auteur : Tingy

Romancière féministe : je viens de publier " Le temps de cuire une sauterelle " :-)) Et de rééditer : "Le Père-Ver" et "Le Village des Vagins" (Le tout sur Amazon) ... et peintre de nombreux tableaux "psycho-symboliques"... Ah! J'oubliais : un amoureux incroyable, depuis 46 ans et maman de 7 "petits" géniaux...

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