(Si vous l’avez raté: la misogynie …décontractée !)
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Par M.Samovar | Prof de collège
« … on sinterroge sur la déconsidération du métier denseignant…
Ne reculant devant aucun sacrifice, cette éminente publication -le Figaro- décide dinterroger Antoine Compagnon, professeur au Collège de France [et auteur du best-seller « Un été avec Montaigne », ndlr], sur la vision quil a de son boulot en général. Carrément.
Alors déjà, je tiens à signaler que je navais rien contre Antoine Compagnon. Rien du tout. Mais comment dire Comme témoin de la réalité du métier, on aurait peut-être pu faire un tout petit peu plus proche du terrain.
Parce quentre enseigner au Collège de France depuis une douzaine dannées et commencer prof dans lacadémie de Créteil, il y a à peu près la même différence quentre être un Lannister et un Stark dans « Game of Thrones » à la fin de la saison 3 de la série (on notera que je suis sans complaisance au niveau des analogies).
Monsieur Compagnon commence très fort en brossant un tableau noir foncé de la situation : drame, le professeur nest plus « un notable, au même titre que le médecin ou que le maire du village ».
Bon. Bon bon bon.
Je ne pense pas trop mavancer en supposant quAntoine Compagnon a lu « Madame Bovary », ouvrage dun jeune auteur prometteur nommé Gustave Flaubert qui, en 1857 déjà, se rendait déjà compte de lodeur rance qui se dégageait de cette position.
Un truc assez dingue, cest que depuis les années 20, évoquées comme lâge dor du statut denseignant par linterviewé, un tout petit truc a évolué aussi : la société dans son ensemble. Donc oui, découverte étonnante, le métier de prof a changé en même temps que le monde. En voilà quelque chose de démentiel !
Féminisation et déclassement du métier
Soit dit en passant, jadore lamalgame entre enseignant qui est un métier et maire qui est une fonction. Ça nest pas tout à fait la même chose, mais on maccusera dergoter sur les détails.
Non content de se montrer nostalgique dune époque périmée, Antoine Compagnon lance sa petite fusée polémique qui décolle dans un nuage de fumée bien nauséabonde. Et là je cite, parce que cest quand même énorme :
« La féminisation massive de ce métier a achevé de le déclasser, cest dailleurs ce qui est en train de se passer pour la magistrature. Cest inéluctable. Un métier féminin reste encore souvent un emploi dappoint dans un couple. Lenseignement est choisi par les femmes en raison de la souplesse de lemploi du temps et des nombreuses vacances qui leur permettent de bien soccuper de leurs enfants. »
Antoine. Sans déconner.
Alors déjà, bravo pour la vision du couple, hein, cest pas comme si on avait un tout petit peu passé 2013 à faire comprendre quil va falloir repenser le modèle familial un papa une maman trois enfants, des cours de violon et une Renault Espace. Mais bon. Si je résume bien ce délicieux morceau déloquence, la femme choisit un métier histoire de ramener quelques petits sous dans le couple de façon à pouvoir mettre un morceau de lard dans la soupe et sacheter une paire de bas de temps en temps.
Ben il faut le dire : les femmes sont de vraies connes, dans ce cas-là. Si si.
Claire-Adelaïde et la balancelle de jardin
Isabelle Nanty dans « Les Profs » (Arnaud Borrel via Allociné 😉
Notons pour commencer que devenir prof exige désormais un niveau détudes bac +5, et un concours quon ne réussit pas toujours pas souvent du premier coup. Je sais pas, pour un métier dappoint, ça me paraît quand même un peu chaud.
Enfin bon. Faisons plaisir à Antoine et prenons Claire-Adélaïde (pas comme ça, bande de gougnafiers) qui, depuis ses 16 ans et son serre-tête blanc, rêve de se marier à Jean-Antoine.
Claire-Adélaïde est une femme de son temps. Elle sait quelle vit dans une époque difficile et que le travail de DRH de Jean-Antoine dans la société familiale de vente de pâtée pour chien ne leur permettra peut-être pas lachat dune seconde balancelle de jardin.
Vaillante, Claire-Adélaïde passe son Capes, on va dire de SVT parce que je VEUX voir Claire-Adélaïde enseigner la reproduction à une classe de quatrièmes, et la du premier coup, après avoir été très persuasive aux épreuves orales.
Ben déjà, Claire-Adélaïde elle est bonne pour commencer sa carrière à Mantes-la-Jolie ou un coin du genre, en attendant de pouvoir regagner Deauville, où lattend son mari. Ben oui, quand tu débutes dans le métier, tu ne choisis pas où tu vas bosser, et tu peux te retrouver à peu près partout en France, et si possible dans les coins les plus glamour de notre beau pays, parce que cest là quon a le plus besoin denseignants.
(A moins davoir sept mômes handicapés moteurs, des parents psychotiques et dêtre toi-même unijambiste, ce qui, avouons-le, nest pas le cas de tous les nouveaux profs.)
Pour le métier dappoint, tu repasseras
Notre Claire-Adélaïde a épousé son bellâtre le jour de ses 21 ans, ils ont conçu pendant la nuit de noce, et du coup, elle, elle se retrouve à devoir aller bosser un peu loin loin de la maison. Pour soccuper du petit Pierre-Richard, cest pas fastoche bidoche.
Et là, Claire-Adélaïde elle commence à transpirer sous son déodorant Narta et elle se demande si, comme métier dappoint, elle aurait pas pu choisir un truc qui lui demande un peu moins détudes, qui la force pas à aller enseigner dans un collège craignos, et puis aussi qui la contraint pas à gâcher son « emploi du temps flexible » en préparation des cours ou correction des copies, plutôt que de préparer le dîner, passer laspirateur et réfléchir à une nouvelle couleur de papier peint devant BFMTV.
Quand elle ne bosse pas chez elle, Claire-Adélaïde passe donc ses « nombreuses vacances » à soccuper de sa progéniture, à tester de nouveaux types de calmants et à remplir des dossiers de mutations. En conclusion, pour le métier dappoint, tu repasseras.
Et donc ouais, bien sûr. Comme ce métier est majoritairement exercé par des femmes, il est mal considéré. Bon Ben dans ce cas-là, je souhaite à M. Compagnon davoir un bon rebouteux sous la main, étant donné que dici dix ans, la majorité des médecins seront également des femmes (cest pas moi qui le dis, cest La Croix). Je ne parle pas des professions para-médicales : renseignement pris sur le terrain, les prépas pour ces concours sont littéralement prises dassauts par des hordes femelles.
Brasser des clichés éculés
Et puis bon, un petit détail qui me gratte : quune autorité intellectuelle reconnue comme un prof au Collège de France, qui passe régulièrement dans divers médias profère des clichés aussi obscurantistes sur la place de la femme dans la société me semble UN TOUT PETIT PEU contribuer à entretenir cette image que métier « féminisé » = métier peu respectable (bordel).
Enfin bizarrement, jai quand même limpression, dans le champ de bataille quest le bahut où jenseigne, que nombreux sont les parents délèves qui nous remercient pour le boulot quon fournit, sinquiètent de savoir comme nous faisons pour « tenir face à tellement denfants toute la journée » et donnent de moins en moins raison à leurs mômes face à nous. Mais bon. Eux ne sont pas des sommités interrogées par la presse. Juste des parents délèves.
Javoue être un peu attristé par le reste du discours dAntoine Compagnon qui, une fois sa petite musique polémique achevée, se contente de brasser des clichés éculés, qui ressortent chaque année ou presque : il y a trop denseignants, il faut que les profs enseignent dautres matières que celle pour laquelle ils sont formés (venant dun prof de littérature, je dois avouer que cette idée me fait doucement rigoler), il ny a pas assez dévolutions de carrière possible Et cest tout.
Plus personne nose y toucher
Peut-être, juste peut-être, de mon point de vue de tarlouze féminisée enseignant dans un établissement tout ce quil y a de peu prestigieux, ce genre darticles est également lun des symptômes de la maladie enseignante : la question de léducation est tellement gigantesque, tellement effrayante que plus personne nose y toucher, sy coltiner vraiment. On touille un peu la surface avec une réforme qui sera appliquée ou pas, on en sort deux-trois éléments pour se faire mousser, comme dans le papier que je viens de commenter et cest tout.
Navré monsieur Compagnon. De penser que ce boulot que jadore, cette profession où tous les jours nous devons faire preuve de plus dhumanité que dambition personnelle, de davantage denthousiasme que de calcul, ce boulot malmené, foutraque, ce métier extraordinaire entre tous, peut encore être sauvé, et faire léconomie de vos réflexions. »
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« Antoine Compagnon, meilleur ami de Montaigne mais pas des femmes »
Le titre résume parfaitement le bonhomme Compagnon
Rien à rajouter :##
« …ce boulot malmené, foutraque, ce métier extraordinaire entre tous, peut encore être sauvé, et faire léconomie de vos réflexions. »
En effet ! Ce n’est pas parce que l’on n’a « rien » à dire, qu’il faut ouvrir son clapet (oups, j’ai failli dire « sa grande gueule »)
Merci M. Samovar 😉


