Des "salopes" ? Non ! "C’est juste du pragmatisme, ces stratégies sexuelles leur permettant d’augmenter leur succès reproductif global " !

Par Eric Michael Johnson -Traduit par P. Sastre.

 » Les femmes aussi sont faites pour avoir plusieurs partenaires

C’est le genre de moment qui fait voler en éclat tout ce qu’on croit savoir jusque-là. Elle s’approche du beau et vigoureux spécimen masculin, que personne n’avait encore vu dans les parages dans son éclatant costume noir et blanc. Elle se poste bien en face de lui, le provoque en secouant la tête, avant de se retourner et de se «présenter» à lui en se penchant en avant. Là, elle s’empresse de coller ses fesses contre le bas-ventre de l’heureux élu et les deux s’entreprennent jusqu’à l’orgasme. Ensuite, sous les yeux ébahis des spectateurs, le couple se sépare, et chacun retourne vaquer à ses occupations respectives.

Face à un tel comportement sexuel, c’est toute la communauté scientifique qui fut prise au dépourvu…

… La théorie darwinienne de la sélection sexuelle pose que ces femelles devraient choisir de s’accoupler avec le mâle le plus impressionnant d’un groupe afin de garantir le succès héréditaire de leur descendance. Mais, ici, on avait manifestement affaire à des femelles qui se livraient à des «sollicitations adultères» envers des mâles de groupes extérieurs. Et ce que révéla Hrdy à une communauté scientifique outrée, c’est que l’accouplement en dehors du couple –tout en s’assurant le soutien d’un partenaire existant– comportait des avantages génétiques. En d’autres termes, l’évolution avait pu favoriser des femelles sciemment infidèles.

Tout ça, c’est du pragmatisme

Depuis, plus de trente ans de recherches ont confirmé les observations de Hrdy. Elles les ont même étendues, pour révéler que les femelles de nombreuses espèces de primates –y compris les humains– possèdent toute une gamme de stratégies sexuelles leur permettant d’augmenter leur succès reproductif global. Par exemple, chez les tamarins à selle, une femelle peut solliciter sexuellement plusieurs mâles afin que chacun s’occupe de ses petits. Chez les microcèbes mignons, il n’est pas rare que des femelles s’accouplent avec plus de sept mâles en une seule nuit. Chez les capucins, elles cherchent à s’accoupler au début de leur grossesse, sans doute pour perturber les mâles quant à leur paternité. Sans oublier les femelles bonobos sautant sur à peu près tout le monde, à peu près tout le temps »…

……En 1633, au nord-est du Canada, le missionnaire français Paul Le Jeune écrivait à sa congrégation jésuite pour expliquer toutes les difficultés rencontrées dans la conversion au christianisme des Montagnais indigènes.

La monogamie à l’occidentale n’est pas une norme universelle

«L’inconsistance des mariages, et la facilité avec laquelle ils divorcent l’un de l’autre, sont un grand obstacle pour la Foi de Jésus-Christ», se lamentait-il. Mais ce qu’il y avait d’encore plus alarmant pour la sensibilité toute chrétienne de Le Jeune, c’était la tendance, chez des femmes et des hommes mariés, de prendre des amants et des maîtresses avec qui ils élevaient, tout à fait ouvertement, les enfants nés de ces aventures. Lors d’un échange révélateur avec le chaman du village, Le Jeune ne manque pas de condamner le caractère «sauvage» et «licencieux» de tels comportements:

«Je lui dis que ce n’est pas honorable pour une femme que d’aimer quiconque n’est pas son mari; et que, à cause d’un tel vice, il ne pouvait, lui-même, être certain que son fils, qui nous accompagnait, était véritablement son enfant. Ce à quoi il me répond: “Cela n’a aucun sens. Vous, les Français, vous n’aimez que vos propres enfants; mais nous, nous aimons tous les enfants de notre tribu.” Je me suis mis à rire, prenant conscience qu’il philosophait comme s’il était question de chevaux et de mulets »…

…Plus on a de papas, mieux on se porte

Avec leur peau et leurs tresses ornées d’un beau pigment rouge, mélange d’ocre en poudre et de graisse animale, ces femmes sont, très jeunes, promises à des mariages arrangés. Mais, comme l’a découvert Scelza, quand leurs maris sont absents pour s’occuper des troupeaux, l’adultère féminin est chose courante dans les villages.

Sur les 110 femmes interrogées, plus d’un tiers explique avoir eu une aventure extraconjugale s’étant soldée par la naissance d’au moins un enfant. Et parce que la société himba ne stigmatise pas spécialement ce genre de liaisons, hommes comme femmes en parlent librement (le divorce peut aussi être décidé par l’une ou l’autre des parties). Par conséquent, selon l’analyse de Scelza, publiée en 2011 dans la revue Biology Letters, «les femmes comptant, a minima, une naissance issue d’une liaison hors-mariage ont un succès reproductif significativement plus élevé que celles qui n’en comptent aucune».

Evidemment, ce n’était pas la première fois que la paternité extraconjugale se voyait liée au succès reproductif féminin. D’autres études antérieures avaient déjà attesté de l’infidélité féminine parmi des sociétés plus restreintes: les !Kung d’Afrique du Sud, les Ekiti du Nigeria, les Vanatinai de Nouvelle Guinée, les Tiwi du nord de l’Australie, les Chimane de Bolivie et les Yanomami du Brésil.

De plus, 53 sociétés sont répertoriées comme ayant des systèmes de «polyandrie informelle», où les femmes peuvent avoir des relations sexuelles simultanées avec plusieurs hommes. Dans bon nombre de sociétés sud-américaines, à l’instar des Guayaki, des Motilones, des Canela, des Munduruku et des Mehinaku, on croit que le sperme de plusieurs hommes est nécessaire pour faire un bébé. Dans deux de ces sociétés à la «paternité séparable», les Guayaki et les Motilones, il a été prouvé que les enfants élevés par plus d’un père ont des taux de mortalité moins élevés et sont mieux nourris que les autres, car davantage de ressources leur sont consacrées »…

l’infidélité féminine a augmenté dans les sociétés occidentales…

Pour reprendre les mots d’Hrdy, consignés dans les Annals of the New York Academy of Sciences à l’aube du XXIe siècle, loin d’être simplement passives, les femelles sont «des individus flexibles et opportunistes confrontés à des dilemmes et des compromis reproductifs récurrents dans un monde aux options fluctuantes». Ou encore, comme l’a résumé une autre éminente observatrice:

«C’est notre fête. On aime qui ça nous chante.» (Extraits).

Lire TOUT l’article http://www.slate.fr/story/81229/femmes-hommes-sexe-partenaires-multiples-pragmatisme-evolution

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« l’infidélité féminine a augmenté dans les sociétés occidentales…

Pour reprendre les mots d’Hrdy, consignés dans les Annals of the New York Academy of Sciences à l’aube du XXIe siècle, loin d’être simplement passives, les femelles sont «des individus flexibles et opportunistes confrontés à des dilemmes et des compromis reproductifs récurrents dans un monde aux options fluctuantes». Ou encore, comme l’a résumé une autre éminente observatrice:

«C’est notre fête. On aime qui ça nous chante

On ne peut pas mieux dire, non ? Hahaha !

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Auteur : Tingy

Romancière féministe : je viens de publier " Le temps de cuire une sauterelle " :-)) Et de rééditer : "Le Père-Ver" et "Le Village des Vagins" (Le tout sur Amazon) ... et peintre de nombreux tableaux "psycho-symboliques"... Ah! J'oubliais : un amoureux incroyable, depuis 46 ans et maman de 7 "petits" géniaux...

5 réflexions sur « Des "salopes" ? Non ! "C’est juste du pragmatisme, ces stratégies sexuelles leur permettant d’augmenter leur succès reproductif global " ! »

  1. Lire sur un site féministe cet éloge de l’infidélité conjugale au nom « de stratégies sexuelles » permettant aux femmes « d’augmenter leur succès reproductif global », stratégies communes aux « femelles de nombreuses espèces de primates – y compris les humains » (Hrdy) me fait rire aux éclats. Très agréable début de l’année 2014.

    Je ris car cela implique ce que les féministes « pures et dures » (heureusement, Tingy n’appartient pas à cette espèce) n’aiment pas entendre, à savoir que les femmes sont des « femelles » (la langue anglaise ne s’en offusque pas…) et que, implicitement, c’est bien un i n s t i n c t v i t a l qui pousse les hommes – « mâles, y compris les humains » -, eux aussi, à poursuivre par tous les moyens l’augmentation de leur « leur succès reproductif global ». (La morale reprouve nombreux de ces moyens dont le viol, ainsi que diverses autres déviations de cet instinct, mais c’est un autre débat. Ce « blog » lui est consacré presque en totalité.)

    Les hommes comme les femmes croient agir au nom du plaisir sexuel, mais leur motivation profonde est bien la reproduction (même s’ils rusent avec elle grâce aux moyens de contraception). Peu importe que ce plaisir n’existe que pour nous faire accepter les efforts et sacrifices liés à l’enfantement, il est bon à prendre.

    Quant à l’infidélité conjugale, elle garantit le « succès reproductif » à condition que l’un des parents ne se retrouve seul à devoir élever l’enfant. D’après les généticiens, dans 7 à 15% des cas les maris occidentaux ne se doutent pas de s’occuper des descendants d’un autre homme. Tout va alors au mieux dans le meilleur des mondes. Cependant, d’après les statistiques des divorces, toujours plus nombreux, ils s’en aperçoivent tout de même assez souvent et ne l’acceptent pas. (Bizarrement, si ensuite ils se remarient ils peuvent devenir de très bon pères des enfants de leur nouvelle compagne, pourtant engendrés par son (ses) précédent(s) partenaire(s).) Il y aurait quelque chose à repenser dans l’organisation de nos relations…

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    1. « Peu importe que ce plaisir n’existe que pour nous faire accepter les efforts et sacrifices liés à l’enfantement, il est bon à prendre »…

      Cher Peter, il semble bien que  » les efforts et sacrifices liés à l’enfantement  » soient surtout réservés… aux nanas !(grossesse/nausées éreintantes, ventre à l’aspect « labouré », varices/hémorroïdes/épisiotomie douloureuses, accouchement à risque, charge de l’élevage pas assez partagé équitablement…

      Quant au « plaisir sexuel », le rapport Hite a montré qu’il n’y aurait pas eu beaucoup de « reproduction » de l’espèce humaine, si elle devait être liée à un quelconque « plaisir sexuel » féminin…non SIMULE !!!

      Vous avez raison :  » Il y aurait BEAUCOUP de choses à REPENSER dans l’organisation des relations femme/homme » ! 😉

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  2. Puisque nous échangeons sur le plaisir et discuter en est un…

    Le Rapport Hite date un peu et, sauf erreur, concerne les États-Unis, pays plutôt prude, surtout en ces temps-là. Si j’en crois des belles-lettres, il y a toujours eu des femmes, en Amérique comme ailleurs, qui ont eu la chance de pouvoir percevoir la sexualité comme un plaisir, ou même comme un bonheur, et non comme une corvée. C’est remarquable car la possibilité de ressentir le plaisir sexuel par les deux « genres » est apparemment un privilège de notre espèce, cela se manifeste assez rarerement chez les animaux.

    Il me semble qu’en cette matière nous faisons des progrès ces dernières décennies.

    Ceci dit, plus encore que le plaisir, c’est « l’instinct vital » qui nous pousse à nous reproduire. Difficile de savoir ce que c’est, mais cela semble fonctionner : après les guerres la natalité augmente presque toujours et partout.

    Je suppose que vous connaissez le livre « Le Gène égoïste » de Richard Dawkins affirmant que nous, comme tous les animaux, ne sommes qu’un moyen utilisé par nos gènes pour être éternels. Voilà où Dieu aurait fourré la vie après la mort et le Bouddha la réincarnation. Quant aux Académiciens, s’ils savaient ce que l’immortalité veut dire…

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    1. « Le Rapport Hite date un peu et, sauf erreur, concerne les États-Unis, pays plutôt prude, surtout en ces temps-là. Si j’en crois des belles-lettres, il y a toujours eu des femmes, en Amérique comme ailleurs, qui ont eu la chance de pouvoir percevoir la sexualité comme un plaisir, ou même comme un bonheur, et non comme une corvée. »

      Je vous réponds longuement dans le post de ce jour…

      Douce journée !

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    2. PS- « C’est remarquable car la possibilité de ressentir le plaisir sexuel par les deux « genres » est apparemment un privilège de notre espèce, cela se manifeste assez rarement chez les animaux. »

      J’en déduis cher Peter, que nous ne regardons pas les mêmes docu concernant la sexualité… animale, hahaha !

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