Aimer ( Poète brésilien : Carlos Drummond de Andrade)

Carlos Drummond de Andrad Rio (Photo: sculpture du poète rêvant face à la mer à Rio.)

AIMER

Que peut une créature sinon, entre créatures, aimer ?

aimer et oublier,

aimer et malaimer,

aimer, désaimer, aimer ?

aimer, et le regard fixe même, aimer ?

Que peut, demandé-je,

l’être amoureux,

tout seul, en rotation universelle,

sinon tourner aussi, et aimer ?

aimer ce que la mer apporte à la plage,

ce qu’elle ensevelit,

et ce qui, dans la brise marine,

est sel, ou besoin d’amour, ou simple tourment ?

Aimer solennellement les palmiers du désert,

ce qui est abandon ou attente adoratrice,

et aimer l’inhospitalier,

l’âpre, un vase sans fleur, un parterre de fer,

et la poitrine inerte, et la rue vue en rêve,

et un oiseau de proie.

Tel est notre destin : amour sans compter,

distribué parmi les choses perfides ou nulles,

donation illimitée à une complète ingratitude,

et dans la conque vide de l’amour la quête apeurée,

patiente, de plus en plus d’amour.

Aimer notre manque même d’amour,

et dans notre sécheresse aimer l’eau implicite,

et le baiser tacite,

et la soif infinie.

Carlos Drummond de Andrade

( Source I-voix -traduit par Ludmyla – Publié dans : Poésie – divers

PS- Pour une amie/blog…

http://www.blog.fr/srv/media/dewplayer.swf?son=http://data6.blog.de/media/769/4029769_a94b4924e7_a.mp3

Avatar de Inconnu

Auteur : Tingy

Romancière féministe : je viens de publier " Le temps de cuire une sauterelle " :-)) Et de rééditer : "Le Père-Ver" et "Le Village des Vagins" (Le tout sur Amazon) ... et peintre de nombreux tableaux "psycho-symboliques"... Ah! J'oubliais : un amoureux incroyable, depuis 46 ans et maman de 7 "petits" géniaux...

2 réflexions sur « Aimer ( Poète brésilien : Carlos Drummond de Andrade) »

  1. Tingy,

    Drummond répond Drummond

    Pendant longtemps j’ai cru que l’absence est manque.
    Et je déplorais, ignorant, ce manque.
    Aujourd’hui je ne le déplore plus.
    Il n’y a pas de manque dans l’absence.
    L’absence est une présence en moi.
    Et je la sens, blanche, si bien prise, blottie dans mes bras,
    que je ris et danse et invente des exclamations joyeuses,
    parce que l’absence, cette absence incorporé,
    personne ne peut plus me la dérober.

    (Carlos Drummond de Andrade in Absence)

    Por muito tempo achei que a ausência é falta.
    E lastimava, ignorante, a falta.
    Hoje não a lastimo.
    Não há falta na ausência.
    A ausência é um estar em mim.
    E sinto-a, branca, tão pegada, aconchegada nos meus braços,
    que rio e danço e invento exclamações alegres,
    porque a ausência, essa ausência assimilada,
    ninguém a rouba mais de mim.

    (Carlos Drummond de Andrade in Ausência)

    Le monde est grand
    et tient dans cette fenêtre sur la mer.

    La mer est grande
    et tient dans le lit et la couche où s’aimer.

    L’amour est grand
    et tient dans le bref espace du baiser.

    (Carlos Drummond de Andrade in  » Aimer s’apprend en aimant « )

    O mundo é grande e cabe
    nesta janela sobre o mar.

    O mar é grande e cabe
    na cama e no colchão de amar.

    O amor é grande e cabe
    no breve espaço de beijar.

    (Carlos Drummond de Andrade in “Amar se Aprende Amando”)

    Non, mon coeur n’est pas plus grand que le monde.
    Il est beaucoup plus petit.
    Dans lui ne rentrent meme pas mes douleurs.
    Pour ça j’aime tellement me raconté.
    Pour ça je me deshabille,
    Pour ça je cri,
    Pour ça je frequente les journaux, m’expose au cru dans les libreries:
    Je besoin de tout.

    Oui, mon coeur est beaucoup plus petit.
    Juste maintenant je vois que dans lui ne rentrent pas les hommes.
    Les hommes sont la, dehors, a la rue.
    La rue est enorme.Grande, beaucoup plus grande de ce que j’attendais.
    Mais aussi dans la rue ne rentrent pas tout les hommes.
    La rue est plus petite que le monde.
    Le monde est grand.

    Sais tu comment est grand le monde.
    Connais-tu les navires que amenent le petrole et les livres, viande et cotton.
    Tu a vu les differents couleurs des hommes,
    Les differents douleurs des hommes,
    Sais comment c’est difficile souffrir avec tout ça, accumuler tout ça
    Dans une petite poitrine de l’homme…sans que lui ce craque pa

    Ferme les yeux et oublie.
    Entends l’eau sur les verres,
    Si calme, ne dit rien.
    Et pourtant, glisse entre les mains,
    Si calme, inonde tout..
    Vont renaitre les villes submerses?

    Les hommes submers – vont revenir
    Mon coeur ne sais pas.
    Estupide, ridicule et fragil c’est mon coeur.
    Que maintenant je decouvre
    Comment il est triste ignoré certaines choses.
    (dans la solitude d’une personne
    J’oublié la language
    Que parlent les hommes.)

    Autrefois, j’entendu les anges,
    Les sonates; les poemes, les confissions patetiques.
    Jamais entendu les voix des gens.
    En vrai je suis tres pauvre.

    Autrefois j’ai voyagé,
    Des pays imaginaires, faciles de habiter,
    Des iles sans problemes, , et pourtant fatiguantes et en appellant au suicide.

    Mes copains sont parti aux iles.
    Les iles perdrent l’homme.
    Cependant quelques uns se sont sauvé et
    Ont porté la nouvell
    Que le monde, le grand monde est en train de grandir toutes les jours,
    Entre le feu et l’amour

    Allors, mon coeur peux aussi grandir.
    Entre l’amour et le feu,
    Entre la vie et le feu
    Mon coeur grandi dix metres et explose.
    – Ohh future vie! Nous allons te recrier.

    (Carlos Drummond de Andrade – Monde Grand)

    Não, meu coração não é maior que o mundo.
    É muito menor.
    Nele não cabem nem as minhas dores.
    Por isso gosto tanto de me contar.
    Por isso me dispo,
    por isso me grito,
    por isso freqüento os jornais, me exponho cruamente nas livrarias:
    preciso de todos.

    Sim, meu coração é muito pequeno.
    Só agora vejo que nele não cabem os homens.
    Os homens estão cá fora, estão na rua.
    A rua é enorme. Maior, muito maior do que eu esperava.
    Mas também a rua não cabe todos os homens.
    A rua é menor que o mundo.
    O mundo é grande.

    Tu sabes como é grande o mundo.
    Conheces os navios que levam petróleo e livros, carne e algodão.
    Viste as diferentes cores dos homens,
    as diferentes dores dos homens,
    sabes como é difícil sofrer tudo isso, amontoar tudo isso
    num só peito de homem… sem que ele estale.

    Fecha os olhos e esquece.
    Escuta a água nos vidros,
    tão calma, não anuncia nada.
    Entretanto escorre nas mãos,
    tão calma! Vai inundando tudo…
    Renascerão as cidades submersas?
    Os homens submersos – voltarão?

    Meu coração não sabe.
    Estúpido, ridículo e frágil é meu coração.
    Só agora descubro
    como é triste ignorar certas coisas.
    (Na solidão de indivíduo
    desaprendi a linguagem
    com que homens se comunicam.)

    Outrora escutei os anjos,
    as sonatas, os poemas, as confissões patéticas.
    Nunca escutei voz de gente.
    Em verdade sou muito pobre.

    Outrora viajei
    países imaginários, fáceis de habitar,
    ilhas sem problemas, não obstante exaustivas e convocando ao suicídio.

    Meus amigos foram às ilhas.
    Ilhas perdem o homem.
    Entretanto alguns se salvaram e
    trouxeram a notícia
    de que o mundo, o grande mundo está crescendo todos os dias,
    entre o fogo e o amor.

    Então, meu coração também pode crescer.
    Entre o amor e o fogo,
    entre a vida e o fogo,
    meu coração cresce dez metros e explode.
    – Ó vida futura! Nós te criaremos.

    (Carlos Drummond de Andrade – Mundo Grande)

    J’aime

  2. « Que le monde, le grand monde est entrain de grandir toutes les jours,
    Entre le feu et l’amour »

    …Des fois je pense…Qu’il regresse…Chaque seconde…

    Merci Melina et douce nuit à toi.

    J’aime

Laisser un commentaire