…[ Pour George Sand, lévolution de la condition féminine dépend essentiellement du progrès des mentalités.
La femme doit renoncer à sa coquetterie pour construire une relation dégalité avec lhomme encouragé à changer son regard et à abandonner ses idées préconçues.
La romancière considère aussi la condition féminine telle quelle est vécue par les femmes de son temps. Dans la réalité, elles passent de lautorité paternelle à la domination maritale. Par leur mariage, elles abdiquent légalement leur liberté. Contrairement à de nombreuses jeunes filles, les héroïnes sandiennes renoncent de plein gré à leur indépendance. Nullement rebelles, elles pallient cet inconvénient par la confiance accordée à lépoux librement choisi : « la femme étant appelée à obéir, un grand amour [peut] seul lui rendre lobéissance agréable ou sacrée »[78]. Ce héros, ni lâche[79] ni tyran, rétablit légalité dans la pratique. George Sand appelle à la parité immédiate en dépit des différences encore perceptibles. Miette Ormonde, par exemple, « a une grande notion de légalité voulue entre époux, elle se dit que lhomme, grâce au développement donné à son intelligence par une éducation plus complète, est le guide naturel de la femme dans les choses de la vie, et que la femme par sa réserve, sa pureté, sélève jusquà lui et mérite le respect de son maître »[80]. Dès que lépoux sera aussi pur que sa femme ou cette dernière aussi instruite que lui, légalité ne sera plus une « compensation » mais une véritable similitude où chacun assumera le rôle qui lui conviendra le mieux.
Quelques personnages masculins le reconnaissent volontiers. La médecin Vianne accepte de se laisser gouverner par « une femme de vrai mérite »[81] tandis quÉmilien décide de « consulter sur toute chose »[82] un être de bon sens comme Nanon.
Malgré ses aspirations idéalistes, George Sand développe dabord un féminisme pragmatique cest-à-dire orienté vers une action pratique et efficace. Toute dévouée à la cause des femmes, elle utilise des moyens modérés pour convertir le plus de lecteurs à ses vues. Persuadée que « les femmes doivent […] participer un jour à la vie politique », elle ne croit pas ce jour proche : « […] pour que la condition des femmes soit ainsi transformée, il faut que la société soit transformée radicalement »[83]. Par son uvre, George Sand contribue à changer imperceptiblement les mentalités tout en encourageant les femmes à renoncer à la coquetterie, à choisir leur mari, à parfaire leur éducation. Hostile à toute précipitation maladroite, elle reproche aux féministes de freiner lévolution de la condition féminine en exigeant dabord légalité politique ]…
Université des Sciences Humaines de Strasbourg:
THÈSE DE DOCTORAT-LITTÉRATURE FRANÇAISE-présentée par Annie CAMENISCH :LA CONDITION FÉMININE DANS LES DERNIERS ROMANS DE GEORGE SAND.
********************************************************************************************
… »Contrairement à de nombreuses jeunes filles, les héroïnes sandiennes renoncent de plein gré à leur indépendance.
« la femme étant appelée à obéir, un grand amour [peut] seul lui rendre lobéissance agréable ou sacrée »…
Comment en est-on arrivé là ? Grâce au « Code Civil » et à la bonne volonté de nanas !