(Si vous l’avez raté).
Par Thomas Messias:
« Et ils ne méritent pas de médailles.
Il ny a hélas aucune contestation possible : aujourdhui encore, et partout dans le monde, les mères passent beaucoup plus de temps que les pères à prendre soin de leurs enfants. Pour autant, cette généralité avérée ne doit pas masquer le fait que certains hommes (encore trop peu nombreux) ont décidé de prendre leur paternité à bras le corps et de soccuper mieux de leur marmaille afin de renverser la tendance et de vivre autant que possible sur un pied dégalité avec la mère de leur progéniture.
On les appelle les « nouveaux pères ». Une appellation très pratique introduite en 1972, à utiliser dans le cadre des magazines télévisés ou des hebdomadaires de société, puisquen deux mots tout est dit. Le « nouveau père » est un « père moderne », qui torche des culs, raconte des histoires, concocte des purées carotte avocat céleri. De nombreux reportages sarrêtent sur ces pères-là, posant sur eux un regard fait de bienveillance, dadmiration et détonnement. On sinquiète même pour eux : les nouveaux pères sont-ils trop mères ?
Stop : tout dabord, figurez-vous que les vrais « nouveaux pères » nont aucune envie dêtre appelés comme cela. Ce sont des pères, point final. Ils soccupent de leurs gosses parce quils en ont envie, parce quils aiment ça, et surtout parce quils ne voient absolument pas pourquoi ils devraient laisser la mère se démerder avec les rendez-vous chez le pédiatre, les réunions à lécole, les promenades au square du coin. Avoir des enfants, cest parfois très pénible : on aimerait parfois sortir boire une bière, se vautrer devant la télé pendant des heures en gobant des cacahuètes, pouvoir dire merde sans avoir peur que le petit dernier nen fasse son mot préféré.
On voudrait quexiste cette télécommande permettant de faire disparaître la chair de sa chair pour quelques heures ou quelques jours, le temps de se ressourcer un peu et de glander en slip. Seulement voilà : cette télécommande nexiste pas encore (mais son inventeur méritera le prix Nobel), et il ny a aucune raison que les mères soient les seules à se forcer à soccuper des enfants même quand elles nen ont pas envie.
Comme tout le monde, le « nouveau père » na rien contre un compliment de temps en temps. Cest comme un susucre, ça ragaillardit et ça donne le courage et lénergie den faire toujours plus. En langage féministe, on appelle ça un cookie, terme souvent employé avec ironie à lintention des hommes qui vont à la pêche aux compliments. Tout est question de dosage et de formulation. On peut montrer le « nouveau père » en exemple à destination dautres pères moins impliqués, mais sans en faire ni un objet de curiosité ni un héros absolu auquel il faudrait dresser une statue. Parce que soccuper de ses gosses, nen déplaise à Éric Zemmour, cest normal. Et parce que les femmes le font depuis toujours, sans que qui que ce soit ait un jour songé à les en féliciter.
Je fais partie de ces aspirants « nouveaux pères », même si la situation est encore loin dêtre égalitaire au sein de mon foyer (pour résumer, ma femme travaille à domicile tout en gérant deux mômes de moins de 4 ans toute la journée, il est donc un peu normal que ce soit à mon tour de les gérer lorsque je rentre du boulot). Eh bien jen ai ras la casquette quon me félicite de moccuper de mes enfants. De la pédiatre qui me demande pourquoi cest toujours moi qui les lui amène quand ils sont malades (jimagine quelle ne pose pas la question aux mères qui viennent seules) aux passants qui trouvent « incroyable » quun père puisse manier lécharpe de portage ou le porte-bébé, on marche clairement sur la tête. Tant quon affirmera aux « nouveaux pères » quils sont des gens fabuleux, on ne fera pas avancer la cause. Est-ce que les profs qui montraient du doigt les premiers de la classe vous donnaient envie de faire pareil ? Non. Vous ne songiez quà piétiner les lunettes de ces sales petits fayots, et je ne peux pas vous donner tout à fait tort.
Cest pourquoi, au nom des « nouveaux pères », je demande à ce que personne nutilise plus jamais lexpression « nouveaux pères », et, surtout, je réclame le droit à lindifférence. Jaime mes enfants, jaime ma femme, je fais ce que jestime normal, voilà tout. Je ne suis pas un père formidable. Je suis un père, et voilà. Laissez-moi lêtre en silence et payez plutôt un godet à celle que jaime, elle a bien plus de mérite que moi.
En fait, si je déteste à ce point lexpression «nouveaux pères», cest parce quelle me fait penser à une sorte de mode qui finira par passer. Or il y a eu de pères modernes avant la génération actuelle. Il faut justement que le phénomène dure, quil sétende, quil ne soit pas un feu de paille mais quil contamine peu à peu des ribambelles de pères prenant enfin conscience quil absolument nécessaire et totalement normal soccuper de leurs gosses 50% du temps. Et pas que pour jouer au ballon ou aller manger une glace Car il ny a rien de plus irritant que les prétendus pères idéaux qui soccupent de leurs enfants dans les moments les plus cools, donnant sur les photos une impression dharmonie. À proscrire également : les filous hypocrites qui portent leurs enfants en écharpe pour donner une image positive de leur conception de leur paternité, mais ne font guère que ça, estimant avoir fait leur part une fois rentrés à la maison.
Bref, tant que le partage équitable de léducation des enfants ne sera pas considéré comme une normalité, tant que les mioches seront considérés comme de charmants accessoires destinés à se faire bien voir (« regardez-moi, regardez-moi, je suis un papa moderne »), tant que nimporte quel passant chantera les louanges du père un tant soit peu actif, on nest pas sortis des ronces. »
http://www.slate.fr/story/88063/les-nouveaux-peres-ne-sont-pas-des-gens-fabuleux
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« Bref, tant que le partage équitable de léducation des enfants ne sera pas considéré comme une normalité, tant que les mioches seront considérés comme de charmants accessoires destinés à se faire bien voir (« regardez-moi, regardez-moi, je suis un papa moderne »), tant que nimporte quel passant chantera les louanges du père un tant soit peu actif, on nest pas sortis des ronces. »
En effet !
Et… qu’est-ce qu’il parle bien le monsieur ! 😉
« payez plutôt un godet à celle que jaime, elle a bien plus de mérite que moi. »
Too much !!!