(Illustration non contractuelle).
L’inceste : anthropologie d’une entreprise de démolition systématique de la personne, France, 20e – 21e siècle, par Sophie Perrin
… » Et, finalement, linceste, contrairement aux agressions (cambriolages, etc) étudiées par Dominique Dray, nest pas un désordre, mais un ordre social, « alternatif et impensé » (Dorothée Dussy, Léonore Le Caisne, 2007, p. 15) : cest lhypothèse à laquelle elles parviennent.
Comme tout ordre social, développent-elles, ses modalités senseignent aux plus jeunes, et se communiquent entre apparentés. Par des paroles (visant à briser la capacité de résistance des adversaires du système) et des gestes (éventuellement des coups). Cet ordre comporte, comme tout ordre social, ses propres valeurs, ici bien particulières et déclinées autour du silence. Ses normes de lacceptable (le viol répété denfants de la famille, lautodestruction et/ou le suicide de certains membres de la famille, par exemple) et ses normes de linacceptable : parler des violences sexuelles.
Cet ordre social est « alternatif et impensé », car il sinscrit dans la vie des jeunes victimes « parallèlement à [l]apprentissage commun du monde social ( ). Ils aiment leur père, leur frère, leur mère, sont assurés quils seront protégés dun éventuel danger venant de lextérieur mais, dans le même temps, subissent de leur part des actes sexuels interdits et destructeurs. Jamais énoncé par ceux qui limposent, cet apprentissage contradictoire opère comme un habitus. La distinction entre le répréhensible et ladmis, le dangereux et linoffensif, le bon et le mauvais pour soi et pour les autres sera désormais différente de celle des non-incestés. » (Dorothée Dussy, Léonore Le Caisne, 2007, p. 16). « Ainsi, quelles que soient la durée et la nature des agressions sexuelles, quel que soit le lien de parenté avec lagresseur, les enfants incestés ont en commun davoir à se construire sur une double approche de la réalité sociale aux valeurs antagonistes. Dun côté, des paroles, des gestes et un discours dominant qui prône linterdit de linceste, de lautre les viols et labsence absolue de paroles relatives à lexpérience effective du viol subi dans le silence et lisolement total. ( ) Mais de leur socialisation limite qui repose sur la coexistence de ces deux réalités contradictoires, les incestés nont pas conscience. En interdisant de dire cette contradiction, linjonction au silence règle dor de la famille incestueuse clairement énoncée ou sous-entendue par lagresseur, et parfois indirectement par lensemble des membres de la famille empêche lincesté de la voir et dy penser, et, plus simplement, de penser aux viols comme à des viols » (ibid, p. 17).
Cest pourquoi « seul un autre que soi, extérieur à la famille, peut mettre les mots de viols et/ou dinceste sur lindicible expérience et signifier à lincesté son statut de victime dinceste » (ibidem, p. 18). Ce tiers, Dorothée Dussy et Léonore Le Caisne le théorisent en sinspirant du concept « dannonciateur » développé par Jeanne Favret-Saada via son travail sur la sorcellerie dans le bocage normand. Ici, contrairement au cas de la sorcellerie du bocage, « lannonciateur ne cherche pas nécessairement à informer la victime. Cest celle-ci qui, en lentendant ou le lisant, se dit : « mais cest bien sûr ! ». [Autre différence :] Pour désigner linceste, la parole doit avant tout être légitime, cest à dire avoir été prononcée par une autorité sociale, morale et psychique » (p. 18), par exemple un/e policier/e, un/e juge, un/e intervenant/e à la télévision, un/e « psy », une autre victime dinceste via son témoignage légitimé par sa publication en livre ou en passage filmé (« vu à la télé »). De plus, à la différence de lannonciateur du bocage qui parle par sous-entendus, par allusions (« vous pensez-pas quy en a qui vous voudraient du mal ? »), « Pour être entendus, les propos de lannonciateur doivent ( ) être rigoureux, cest à dire désigner les faits sans détour et avec autorité.[Et, finalement, ] les faits vécus passent [alors] dun statut anomique une expérience subjective et individuelle non désignée et incompréhensible – au statut de fait social communicable, dans lequel chaque acteur est positionné : lincesté est une victime dinceste et son incesteur va devenir un agresseur. » (p. 20).
Mais celui qui commet le désordre nest alors pas le violeur : cest celle (ou celui) qui dénonce le système, qui est alors souvent accusée de mensonge, voir taxée de folie, et dans limmense majorité des cas, se retrouve rejetée(é) de la famille, cependant que lagresseur est le plus souvent ré-accueilli, lui, dans cette famille à sa sortie de prison (quand il passe par cette case). Ainsi, « on renvoie la victime au récit familial en vigueur avant lannonce, et à la place quelle occupait dans lordre familial » (p. 25), on la qualifie elle de folle, de menteuse, doriginal/e de la famille, etc. Et, « A force de sentendre répéter ( ) quon nest pas crédible, on finit aussi par ne plus tenter de convaincre les familiers et les proches de la réalité de linceste. Cette perte délan vaut à lintérieur de la famille comme à lextérieur où il faut aussi insister pour convaincre de la réalité de linceste. » (p. 26). Cest ainsi que le silence et lordre familial incestueux se perpétuent malgré tout, à moins que la victime « refuse ce compromis et/ou persiste dans sa révélation et sa dénonciation, [elle sera alors], et avec elle ceux qui la soutiennent, ( ) vraisemblablement sacrifiée ou rejetée, implicitement ou non : on oubliera de lui rendre les clefs de la maison de campagne, on ne la conviera plus aux réunions familiales, à moins quon refuse définitivement de la revoir. » (p. 30″) »… (Extrait)
http://sophia.perrin.free.fr/memoireM1public.htm
Sophie Perrin nous indique comment trouver de l’aide en cas d’inceste et de violences sexuelles
http://sophia.perrin.free.fr/telechargement.htm
Source http://1libertaire.free.fr/SPerrinMemoireM1.html#_Toc211265608
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« Et, finalement, linceste, contrairement aux agressions (cambriolages, etc) étudiées par Dominique Dray, nest pas un désordre, mais un ordre social, « alternatif et impensé »
« Cest ainsi que le silence et lordre familial incestueux se perpétuent malgré tout, à moins que la victime « refuse ce compromis et/ou persiste dans sa révélation et sa dénonciation, [elle sera alors], et avec elle ceux qui la soutiennent, ( ) vraisemblablement sacrifiée ou rejetée, implicitement ou non : on oubliera de lui rendre les clefs de la maison de campagne, on ne la conviera plus aux réunions familiales, à moins quon refuse définitivement de la revoir. »
« Une entreprise -familiale(!)- de démolition systématique de la personne » ?
I-gnoble !
« Famille je vous hais » …
Lien pour une vidéo http://youtu.be/c10LTt8KGC8