Lire lonanisme. Le discours médical sur la masturbation et la lecture féminines au xviiie siècle
par Alexandre Wenger
…Inégalité des sexes devant la masturbation et la lecture :
… » Or, tant pour la masturbation que pour la lecture, les femmes encourent systématiquement des dangers supérieurs aux hommes. Cest ainsi quen vertu dune constitution organique réputée faible et sensible, les femmes sont empathiques. Leur appréhension du monde tient plus dune logique de communion émotionnelle que de surplomb critique15. Cette irréductible fragilité physiologique les expose particulièrement aux effets de la lecture de fictions, et plus précisément à « la lecture des livres qui font naître cette passion [lamour] »16. La lecture romanesque féminine au xviiie siècle soppose au modèle de la lecture féminine traditionnelle, qui tient dun savoir communautaire, domestique ou boutiquier, transmis de mère à fille. Lire un roman est une activité solitaire et introspective, qui se dérobe au contrôle familial et sémancipe de la coutume. Pour lhistorien, la lecture féminine entre donc dans « la catégorie moderne plus générale des instruments de la construction de soi »17 ; pour les contemporains, elle est dabord vécue comme un risque dabandon des devoirs conjugaux et familiaux, partant comme une mise en péril de lédifice social »…
« Cet article propose une analyse croisée du discours médical sur la masturbation et sur la lecture en France au XVIIIe siècle. Son but est dinterroger la construction de la définition « naturalisante » des qualités attribuées à lun et lautre sexe. A partir de traités physiologiques sur les maladies des femmes, la réflexion porte sur trois points principaux. Pourquoi la lecture et la masturbation sont-ils devenus des problèmes médicaux ? Comment un médecin neutralise-t-il le danger, pour une femme, de lire un traité sur un sujet tel que la masturbation ? Comment le discours sur la lecture et la masturbation fonctionne-t-il comme système discriminant entre les sexes ? »… (extraits).
A lire absolument : http://clio.revues.org/1787
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Il faut rire
ou pleurer de rire ?
Pauvres de nous !