Le clitoris ? "Le continent noir" !

687px-Clitoris_anatomy_labeled-en[1] (photo: on dirait un Concorde prêt à s’envoler !)

Par Chronique du sexisme ordinaire 6/4/2010.
[ Le clitoris: un continent oublié

Après l’excellent « Osez la masturbation féminine », de Jane Hunt, me voilà plongée (au grand bonheur de mes voisins de transports en commun) dans « Un petit bout de bonheur, petit manuel de clitologie » de Rosemonde Pujol. Cette octogénaire (88 ans), aborde sans complexe un sujet qu’elle qualifie de « continent noir ». Après avoir fait des centaines d’entretiens avec des femmes de tous âges, de toutes professions et de toutes confessions, les exemples qu’elle cite (comme représentatifs) sont assez éclairants. Le clitoris est soit ignoré, soit conspué.
Seul organe humain qui n’a aucune utilité – à part celle de donner du plaisir aux femmes -, le clitoris a été de tous temps réduit à néant. Soit par un discours moralisateur et castrateur, soit carrément par les armes à travers l’excision – l’ablation du clitoris – , qui concerne encore plus de 150 millons de femmes dans le monde (pour en savoir plus, voir le site du GAMS). L’excision n’est pas seulement un fait « culturel » qui ne concernerait que certaines parties du monde. En France, au début du XXème siècle, Marie-Bonaparte, petite-nièce du fameux 1er et disciple accomplie de Freud, s’est faite opérer trois fois pour retirer le clitoris, qu’elle considère comme une remise en cause de sa féminité (on dit souvent qu’il s’agit du pénis féminin).

D’abord, un clitoris, à quoi ça ressemble ?
Beaucoup vous diront qu’il savent, bien sûr, un petit bouton au dessus du vagin et de l’urête, caché par les lèvres de la vulve. Raté. Le clitoris ne se résume pas au « bouton », certes fort utile, qu’on aperçoit. Le clitoris mesure 8 à 11 cm et ressemble à ce que vous voyez à droite, en rose foncé.
Etonnant non ?
C’est grace aux deux « jambes » qui entourent le vagin que la pénétration procure du plaisir aux femmes : par le frottement contre la paroi du vagin, elle même en contact avec le clitoris.
Mais ne nous racontons pas d’histoires. La partie du clitoris qui peut (parfois avec un peu de pratique et de décontraction) nous faire grimper au rideau (au plafond ou sur le toit comme chacune préfère), c’est le petit bouton visible que l’on peut stimuler de milles manières possibles (pour des idées, consulter le « Osez la masturbation féminine »). Il possède près de 8000 terminaisons nerveuses (plus que le gland du pénis !) reliées quasi directement au cerveau. Lorsqu’il est stimulé, c’est lui qui déclenche donc l’orgasme. Pour celles qui sont curieuses de voir ce que ça peut faire, je conseille vraiment le premier épisode de la saison 3 de Desperate Housewife. Ca permet de voir ce que ça fait un orgasme, la première fois (en tous cas, chez Bree).
Quand on réfléchit deux secondes, la négation de cet organe essentiel pour le plaisir féminin est tout bonnement aberrante. En laissant planer une ignorance aussi importante, sur l’anatomie féminine, la société prive des millions (des milliards ?) de femmes de la possibilité de jouïr. Donc, tout simplement, de vivre une sexualité épanouie.
J’entends la remarque : « t’exagères, la société a vachement évolué… » Le sous entendu n’est pas loin : « tu fais un peu ton hystérique, non ? » (sur l’hystérie des féministes, je vous renvoie à l’article consacré à ce sujet dans le premier n° d’Osez le féminisme).

Si tout va bien, quelques questions alors :
Combien de fois avez-vous entendu prononcer en public le mot « cunilingus » ? Alors que les mots « pipe » ou « sucer », sont monnaies courante, même s’ils sont souvent utilisés pour insulter (des femmes généralement).
Avez-vous vu l’exposition « le Zizi sexuel » à La Villette ? Magnifique travail sensé lever les tabous et expliquer enfin pour de vrai la sexualité aux enfants. Pour de vrai… pour les hommes. Pas une seule fois le mot clitoris n’est prononcé. Il est même absent du lexique de l’ouvrage consacré à l’exposition (lexique pourtant sacrément fourni).
Combien de jeunes filles assument se masturber alors que pour les garçons, la découverte du plaisir – et donc de son corps – fait partie intégrante de la puberté et est considéré comme quelque chose de tout à fait banal ?
Combien de femmes assument devant leur conjoint de se masturber, voire lui proposent de le faire ensemble ? Alors que lorsqu’un homme se masturbe, on considère que « c’est normal ». Est-ce que quelqu’un a trouvé le gène qui expliquerait que les hommes aient une libido débordante et les femmes une libido terne et ennuyante ?
Pourquoi le clitoris est-il absent de tous les schémas de présentation des organes sexuels féminins qu’on nous présente au collège ?
Nous vivons dans un monde encore sacrément marqué par des millénaires de négation et d’injonctions faites aux femmes de ne pas jouïr (religieuses, psychanalitiques ou autres). En 2010, on croirait réver et pourtant, des milliers de femmes n’ont jamais découvert cet organe incroyable qui peut leur procurer en deux-trois mouvements (ou un peu plus) une sensation de plaisir et d’apaisement que tous les massages du monde, les tisanes et les bons bouquins ne sauront remplacer.

Alors, pour donner à toutes un conseil que m’avait donné le planning familial lors d’une réunion organisée à l’université il y a quelques années : les filles, prenez un miroir et observez votre sexe. Trouvez votre clitoris et découvrez comment il fonctionne (généralement, à merveille).
Comme le souligne Rosemonde Pujol dans son ouvrage, qu’elles aient quelques années ou plus de 80 ans, les femmes ont la une chance inouïe : celle de pouvoir se faire jouïr à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, seules, à deux ou au nombre qu’elles veulent, juste pour le plaisir… Alors franchement, profitez-en ! ]
Source Chronique du sexisme ordinaire. Overblog

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 » Avez-vous vu l’exposition « le Zizi sexuel » à La Villette ? Magnifique travail sensé lever les tabous et expliquer enfin pour de vrai la sexualité aux enfants. Pour de vrai… pour les hommes.

Pas une seule fois le mot clitoris n’est prononcé.

Il est même absent du lexique de l’ouvrage consacré à l’exposition )lexique pourtant sacrément fourni).  »

Mais PERSONNE d’autre n’a relevé cette ANOMALIE…

La SEULE sexualité qui « EXISTE » ? C’est celle des… MECS !!!

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Auteur : Tingy

Romancière féministe : je viens de publier " Le temps de cuire une sauterelle " :-)) Et de rééditer : "Le Père-Ver" et "Le Village des Vagins" (Le tout sur Amazon) ... et peintre de nombreux tableaux "psycho-symboliques"... Ah! J'oubliais : un amoureux incroyable, depuis 46 ans et maman de 7 "petits" géniaux...

2 réflexions sur « Le clitoris ? "Le continent noir" ! »

  1. C’est vrai que la sexualité dont on parle est celle mes mecs, parce que celle ds femmes nous fait souvent un peu peur. Parmi les raisons : leur plaisir nous échappe. Ce n’est pas facile de reconnaître que l’on n’est jamais certain d’avoir offert à une femme le plaisir qu’elle désire. C’est plus simple de se dire que lors que l’on a pris son plaisir (jouit en elle, tiré son coup, éjaculé… que faut-il dire exactement ? même nous nous sommes dépassés par ce qui nous arrive, il faut le reconnaître, et c’est pour le cacher que l’on joue au fier), la femme avec laquelle on a fait l’amour l’a trouvé aussi. Nous sommes tellement construit autour de la méaitrise et de la performance, que l’idée d’être confronté à un plaisir vraisemblablement plus subtil que le nôtre est le début d’une mise en question qui fragilise notre supposée maitrise.
    J’espère que vous vivez une belle sexualité, que l’on est attentif à votre plaisir, que l’on vous en offre et que vous vous en procurez.

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