Romancière en colère.

dame bleue

(Citation de l’article du 4 sept.2007, de S. Buttard, journaliste au Quotidien.)
 » Romancière en colère.
La Réunionnaise lyliane Lavilgrand publie »Le Village des Vagins », roman d’un féminisme engagé, un récit cru et audacieux d’utopie féminine.
C’est l’histoire d’une mère de famille qui pète les plombs . Quitte son mari, ses enfants- trois ados en pleine forme avec tout ce qui va avec- et sa vie, direction les Grenadines.
Elle se lie avec une jeune aventurière et ensemble, elles imaginent  » Le Village des Vagins », un monde où le masculin ne l’emporte plus . . .
Publié à compte d’éditeur, ce second roman fait suite au » Père- Ver », roman sur les violences conjugales dont Lyliane Lavilgrand a vendu tous les exemplaires. Ancienne enseignante, elle revendique haut et fort son ton libre et ses mots crus, souvent à la limite de la brutalité. »Je suis une féministe », revendique-t-elle, qui préfère s’exprimer » dans un roman plutôt qu’avec un sermon ».
« Le modèle social actuel, n’est pas fait en faveur des femmes, poursuit- elle, citant l’actualité, telle la fragilité des lois sur l’avortement aux USA ou les violences conjugales. « Au début, quand j’écrivais Tingy Tanàna, une femme mourait tous les cinq jours sous les coups de son conjoint. Aujourd’hui, c’est tous les deux jours ».
A travers ce roman d’ aventures féministes, l’auteur imagine ainsi d’autres sexualités (citant la féministe américaine Suzan Sontag) d’autres modes de cohabitation que le mariage » invention sociale et religieuse qui est devenue la règle », ou une autre vision religieuse des femmes- » toutes les religions ont été crées par des hommes et la femme y est l' »inférieure ». »

"Tingy Tanana le Village des Vagins" (Extraits Chapitre IX)

Extraits du chapitre IX

…Maxime accoste « la Bohème » en douceur. Il range la barcasse et nous donne un coup de main pour les provisions. Des petits pêcheurs rentrent en louvoyant entre les cayes. Au fond des barques, des poissons colorés s’agitent encore. Cécile interpelle les marins. Ils se rapprochent et s’agrippent à l’échelle. Une belle dorade change de mains en même temps que des « biwis ». Je dépose notre prochain repas dans l’évier minuscule. Je rejoins le capitaine en bikini, sur le toit de la cabine. Une grande serviette sèche au vent salé.
– Tiens, toi d’abord, dit Cécile en me tendant le flacon de monoï.
Je l’enduis de gras. Elle ronronne comme un petit chat.
– Tu as déjà les mains grasses, continue ! dit-elle, en se retournant sur le dos.
– Tu devrais le demander à Maxime, je suis certaine qu’il apprécierait !
– J’ai hâte de le débarquer à Grenade. On est bien toutes les deux, non ?
– Il a l’air sympathique, que lui reproches-tu au juste ?
– D’être un mec. Ben oui ! Il n’y a pas un endroit sur terre où tu peux échapper à leurs nuisances. Enfant, déjà, j’avais vu ma mère s’écraser devant mon père, parce qu’il croyait dur comme fer que le fait de naître avec des pendouilles, ça rend supérieur. Il aurait mieux fait de se prosterner devant celle qui lui fabriquait des petits, s’occupait de sa maison et torchait ses enfants. Sans compter qu’elle ramenait un salaire au foyer, en travaillant autant que lui à l’extérieur. Elle trouvait encore l’énergie de lui laisser prendre son pied. Quatre-vingts pour cent des tâches domestiques sont encore effectuées par des femmes. Les Mâles se désintéressent royalement de ces besognes ingrates… et non rémunérées ! Cela ne t’irrite pas toi, de voir à la télé, des types et encore des types, pontifier à propos de tout et de n’importe quoi ? Si une femme est présente, elle sert souvent de faire-valoir. Et les photos de groupe des Gouvernements français successifs, immortalisent tout simplement, un scandale à répétition. Il faut prendre des jumelles à fort grossissement, pour réussir à y dénicher quelques rares femmes. Idem au Parlement européen, où elles sont transparentes. J’ai entendu récemment sur une chaîne de télé, une responsable d’agence ANPE raconter désabusée :  » des chefs d’entreprises appellent pour dire qu’ils n’emploient pas de femmes, à cause des règles qui rejaillissent sur leur humeur et aussi parce qu’elles s’absentent pour faire des enfants ». Cependant, « les femmes accomplissent soixante-sept pour cent des heures de travail dans le monde, mais leurs salaires réunis représentent… dix pour cent des rémunérations totales ! Dans les entreprises françaises, les femmes n’occupent que sept pour cent des postes de direction des deux cents plus grandes entreprises, alors qu’elles sont plus diplômées que les hommes ! » révèle le magazine Avantages. Misogynie, quand tu les tiens !
– Tu sais, ils prennent bien soin de tout verrouiller. Ils se propulsent les uns les autres, à la tête des quotidiens, des télés, des grandes entreprises de l’industrie et du commerce, des grandes administrations… Ils « colonisent » les partis politiques, le gouvernement… Ça, se résume à une histoire d’hommes, pardon, de Mâles ! Les très rares femmes présentes, sont considérées par eux comme des consommables sexuels. Roselyne Bachelot raconte dans Marie-Claire : « En conseil des ministres, j’ai vu des hommes se passer des petits papiers, pour dire qu’une femme avait une tête à faire des pipes ! » elle dit aussi : « Ils se promènent le pantalon à la main, et sautent sur tout ce qui bouge ».
– Là, tu vois, c’est bien fait pour nous, grogne Cécile. Les femmes sont majoritaires en nombre. Elles pourraient décider elles-mêmes de leur avenir. En votant des lois qui les protégeraient mieux du machisme et de la violence masculine. Des lois, qui répareraient leurs nuisances présentes et futures. Elles supprimeraient les budgets faramineux de l’armée et de la police, et s’attaqueraient à l’éducation, aux crèches, aux centres de redressement pour hommes violents, à la parité, pure et dure, homme/femme… Au lieu d’agir elles-mêmes, elles votent pour des hommes ! Comme si des siècles de soumission, de dévalorisation, de violences morales, physiques et sexuelles, leur avaient définitivement ôté toute confiance en elles. Au début du siècle, pour ne pas être reléguées au ban de la société ou vouées aux enfers, elles se devaient d’être chastes, soumises, fécondes, fidèles. De nos jours, la religion catholique, créée et dirigée par des hommes, exerce un diktat terrible sur la vie de millions de femmes. En réglant à leur place et soi-disant au nom de Dieu (!) les problèmes d’IVG, et de contraception. En Europe, dans les très catholiques Portugal, Irlande et Pologne, l’IVG est interdite et sanctionnée. Une association féminine a dû affréter un bateau hôpital stationné en mer, pour permettre à des femmes désespérées d’accéder à l’IVG. À la dernière conférence de l’ONU sur les femmes, le Vatican et l’Islam se sont opposés à des progrès en ce qui concerne l’avortement, la contraception, le droit à l’orientation sexuelle. Pas un seul mot sur l’endiguement et la domestication des ruisseaux de sperme, pourtant coresponsables de tant de malheurs. En France, deux cent mille femmes ont avorté en 2004. Au Portugal où l’IVG est un crime, on a dénombré quarante mille avortements en 2003. Le Mâle se contrefiche des souffrances endurées par sa partenaire. J’éjacule, tu te démerdes, point barre. Il refuse de mettre une capote, mais se dit piégé, quand sa partenaire se retrouve enceinte de ses œuvres !
– Et les femmes acceptent de se débrouiller toutes seules avec la contraception. Comme si c’était normal ! Dans certains pays, des femmes courageuses ont arraché de force, une loi légalisant l’avortement. Mais elles n’ont jamais réussi à empêcher qu’un homme brutalise sa femme, la traite en mineure irresponsable ou même la tue… « par amour ».
– Tu te souviens de ce type qui a tiré une balle dans la tête de sa femme… parce qu’il avait des problèmes personnels. Il n’a pas réussi à la tuer, mais l’a rendue aveugle. Quand un homme décide de se suicider, souvent, il assassine aussi sa femme. Il s’arroge le droit de vie ou de mort sur sa compagne. Ce sont des lâches, aigris et habités par la haine, qui ne supportent pas l’idée que leurs conjointes pourraient être heureuses sans eux. Je trouve immoral et insupportable, qu’il n’ait pas été condamné à une peine de prison ferme. C’est un encouragement pour les conjoints violents. La justice ne doit pas accepter comme circonstance atténuante, le fait qu’une femme choisisse de vivre le restant de ses jours avec son assassin ! Son cas relève de la pathologie. Son époux quant à lui, a bel et bien commis un crime. Il aurait dû être puni pour sa tentative d’assassinat !
– Tu ne crois pas que l’on vivrait dans un monde plus apaisé, si on leur coupait les pendouilles à la naissance?
– Ce serait une hypothèse intéressante à vérifier. Sérieusement, je crois que c’est un problème d’éducation et un choix de société. En attendant des jours meilleurs, les femmes devraient ouvrir les yeux, avant de se précipiter dans le mariage. Franchement, qu’ont-elles à y gagner, après la robe blanche, la bague au doigt et la grande fête ? Pour un grand nombre d’entre elles, pas mal de désillusions ; pour les conjoints aussi d’ailleurs ! Le mari aura toujours envie de consommer d’autres femmes. Le travail, les copains ou le sport, auront toujours une place très importante dans sa vie. L’épouse, quant à elle, aura rarement la qualité de sensualité et de tendresse qu’elle désire. Mais sera souvent assurée d’une overdose de virilité machiste. Elle assumera à son corps défendant, l’écrasante charge de la gestion de la maison et des enfants, en plus de son travail. Au fil des jours, beaucoup de conjoints buteront sur leurs centres d’intérêts divergents ; sur leurs attentes radicalement différentes, dans le domaine de la sexualité. Ils se sentiront piégés et trahis dans leurs espérances. Et la rancœur débouchera souvent sur la colère. Un certain nombre de Mâles, disposant d’une force physique supérieure, se laissera aller un jour ou l’autre, à l’utiliser pour avoir le dernier mot… même s’il faut tuer pour imposer leur vision des choses !
– J’ai un homme dans ma vie, le père de mes enfants. Je n’ai jamais voulu l’épouser, pour qu’il ne s’imagine pas avoir quelque droit que ce soit sur moi. De toute façon, je l’aurais quitté dès la première violence verbale. Je l’aurais estropié s’il m’avait agressée physiquement.
– Christophe, mon dernier compagnon, était un fieffé macho. En fait, pour bon nombre de femmes, la vie rêvée de couple se mue plus ou moins rapidement, en un cauchemar conjugal. Elles n’ont pas appris à riposter au machisme et à la violence par la violence. J’ai beaucoup de chance d’avoir eu un père brutal.
– Tu fais de l’humour là, Cécile ?
– Non, je suis sérieuse. Au lieu de rentrer dans le moule de la fillette propre, bien élevée, gentille et douce, j’ai préféré copier les petits Mâles. J’ai été championne de billes au primaire et même chef d’une petite bande de garçons. Je m’opposais déjà aux violences exercées par les petits Mâles qui singeaient leurs pères. Plus tard, j’ai été déléguée de classe, capitaine de l’équipe de volley et bien sûr, ceinture noire de karaté. On devrait enseigner ce sport, de façon obligatoire, à toutes les petites filles. Non seulement elles sauraient se faire respecter, mais au niveau mental elles seraient plus combatives, moins passives, plus entreprenantes….
… – Beaucoup de brutes sont lâches, mais sont rarement « suicidaires ». Quand ces types ont en face d’eux une femme qui s’est entraînée pendant des années à la pratique du karaté, ils savent bien qu’elle n’a plus le mental de bobonne. En cas d’agression physique, ils risquent des représailles, tôt ou tard. Même les lions doivent dormir !…

… – Comment s’étonner, qu’il y ait en France tant de machisme, dit Marie ? On nous a refusé le droit de vote jusqu’en 1944, alors qu’en Turquie les femmes votaient depuis 1934 et avaient même le droit d’avorter ! La société française cantonnait la femme, en l’état d’éternelles mineures soumises au père, puis au mari. Avec deux rôles possibles : la maman ou la putain. Le Code Civil de 1804, en ce qui concerne le statut de la femme, était à la fois phallocrate et misogyne. La femme, qui se mariait, ne pouvait plus exercer plusieurs droits civils : ni agir en justice, ni signer un contrat, ni vendre un bien, ni exercer une profession sans l’autorisation de son mari… La femme qui se mariait perdait ses droits ! Aucune n’a bronché. Ce n’est qu’en 1965 qu’elle pourra exercer librement une profession. Il faudra attendre 1970 pour qu’elle obtienne la même autorité que le père à l’égard de ses enfants. Les mentalités elles, n’ont hélas, pas beaucoup évolué, ici et ailleurs. En Turquie, deux cents crimes » d’honneur »(!) sont perpétrés par an et quatre-vingt-dix pour cent des femmes subissent des violences. Si elles n’obéissent pas aux pères, aux frères, aux maris, elles sont battues ou assassinées. Même dans les communautés turques qui vivent en Allemagne. En juin 2005, une jeune fille a été tuée… par ses frères ! En mars 2005, le monde entier a vu la féroce répression des policiers Turcs… contre une manif de femmes. La force du Mâle est la loi !
-L’ État et la Religion ont régi notre ventre, parce que nous sommes les seules usines à descendants. Objectivement, les enfants sortent du ventre de leurs mères. Le nom du père a été attribué aux enfants pendant des siècles. Aux États-Unis, des études sur l’hérédité et les chromosomes ont dû être stoppées. Les biologistes ont décelé un nombre incalculable de descendants qui n’avaient rien à voir avec le géniteur officiel. Et pourtant, ils portaient bien le nom de leur soi-disant père. Quelle mascarade !…

… – Honnêtement, si tu étais une femme, il te conviendrait ce monde dans lequel nous vivons, demande Cécile ? Un monde d’hommes fait par les Mâles. Et tu en es un, non ? Tiens je sens que cela va encore déboucher sur rien du tout. Merci pour la friture ! Je vais préparer « la Bohème  » à mettre les voiles, dit-elle.
Elle s’éloigne en mordant dans sa tranche d’ananas….

La vie nous mène droit à la mort !

Madonne

Profitons, de tout notre être, de la vie qui passe, mais n’occultons pas la fin. Sous peine de nous retrouver vraiment « seuls » et « démunis », le moment venu .
Il faut accepter intellectuellement et affectivement ce fait: donner la vie, c’est accepter de donner , en même temps, la mort.
Et quand la médecine nous condamne, pourquoi n’organiserait-on pas notre fin , si tel est notre choix réitéré, avec nos proches: lieu, musique, fleurs, habits…dans la dignité .
L’état ne pourra pas longtemps faire la sourde oreille aux demandes, telle que celle de Chantal.
S’il n’y avait pas eu de loi sur l’IVG, des hommes en seraient encore à s’accoupler de façon désinvolte,irresponsable et égoïste, pendant que des femmes perdraient la vie ,avec des aiguilles à tricoter, plantées dans leur corps, parce qu’elles se sentiraient incapables d’assumer une vie. Comment un homme peut-il occulter, si aisément, le fait que chacun de ses rapports sexuels, peut créer une vie ? Parce que… il n’en subit pas les horribles conséquences ? Peut-être que cela changera, quand une loi l’obligera effectivement et de façon automatique, à prendre en charge , pécuniairement, toutes les vies qu’il aura créées !
Il faudra bien que l’Etat légifère, aussi, sur les demandes d’aide pour mourir dans la dignité, après un débat national et un référendum.
L’hypocrisie n’est plus de mise: elle ne fait pas honneur à notre société.
Et les « demandes » surgiront de plus en plus…